
Jusqu’en 2001, la production porcine était soumise à des « crises de production » liées à un déséquilibre offre/demande. Mais globalement, en moyenne pluriannuelle, la production restait rentable. Néanmoins, les crises n’étaient pas sans conséquences. Les exploitations les plus fragiles disparaissaient. Pour d’autres, l’endettement grimpait, mais le redressement des cours permettait d’envisager la poursuite de l’activité… avec souvent le risque d’être rapidement fragilisées à la crise suivante.
Atypique
La crise 2002/2003 est venue rompre les cycles. La durée de récupération a été insuffisante pour un certain nombre d’éleveurs. La forte baisse du prix de l’aliment en 2005/2006 a permis à nouveau de respirer.
Par la suite, c’est la nature des crises qui a changé. La crise est devenue « atypique. » La production a basculé dans la crise « matières premières » engendrant une flambée du prix de l’aliment.
Le coût de revient affiche un niveau record à 1,54 e/kg en moyenne pour l’année 2008. Au cours du 2ème trimestre 2008, la barre de 1,60 e était atteinte avec un prix d’aliment à près de 270 e/tonne.
Durant cette crise, le prix du porc au MPB a progressé pour s’établir à 1,264 e/kg en 2008, soit 1,415 e/kg en prix payé producteur. Le cours a même atteint son niveau le plus élevé depuis 2002… Tout ceci, dans un contexte de flambée des matières premières.
Malgré la reprise, la pression est restée forte sur les cours du porc dans un contexte très concurrentiel. Le maillon production n’a donc pas réussi à répercuter la hausse du coût de revient vers les acheteurs.
En totale rupture
Au cours de l’été 2008, les éleveurs ont entrevu un petit espoir de remontée des cours mais, depuis l’automne, la production porcine rencontre à nouveau des difficultés.
La baisse de production ne semble pas suffire pour faire remonter les prix. La crise économique générale perturbe les échanges et la consommation de viande. Les exportations de l’Union Européenne (UE) sont impactées par les dévaluations monétaires et les difficultés de paiement. Il en est de même pour les échanges avec les nouveaux pays membres de l’UE fortement touchés par la crise économique.
Ces deux crises peuvent être qualifiées d’atypiques. Elles sont en totale rupture avec le passé. Un tel enchaînement ne sera pas sans conséquences s’il s’inscrit dans la durée. La suite de l’année 2009 sera décisive pour de nombreux producteurs car une partie d’entre eux arrive au bout des solutions de financement.
Une situation préoccupante
La crise « matières premières » a fortement dégradé la situation financière des producteurs.
Au final, depuis la fin de l’été 2007 un élevage spécialisé de 200 truies a perdu
en moyenne 100000 euros soit 25 ct d’euro/kg en deux ans. Néanmoins, cette moyenne cache de fortes disparités. Les pertes des élevages aux coûts de revient les plus élevés sont quasiment du double !
Actuellement, 15 à 20 % des producteurs dépassent le taux d’endettement de 100 %. Cette situation est déjà préoccupante, mais c’est surtout au niveau de la trésorerie que les chiffres se sont le plus dégradés. Les dettes à court terme dépassent largement les seuils habituels acceptés par les banques pour près d’un producteur sur trois. Les fournisseurs sont de plus en plus mis à contribution, et leurs engagements dépassent le niveau des crises précédentes.
Une année décisive
Les producteurs ne pourront pas supporter de nouvelles pertes. L’année 2009 devient donc décisive. Le cours du porc devra se redresser pour éviter de grosses difficultés.
Avec la baisse du prix d’aliment, le coût de revient a diminué depuis quelques mois, tout en restant à un niveau bien supérieur à celui que l’on connaissait avant la crise « matières premières ». Néanmoins, pour permettre aux éleveurs les plus fragiles de se désendetter, le cours moyen annuel devrait atteindre au MPB un niveau de 1,35 euro/kg pendant trois ans, avec un prix d’aliment de 200 euros/T.
Cet objectif de 1,35 euros nécessiterait une forte remontée à partir du mois de mai vers 1,50 à 1,60 euro/kg en été. Les producteurs les plus fragiles ne pouvant plus s’endetter, sans amélioration des cours, les risques financiers vont monter en puissance. La profession pourrait se retrouver dans une situation inédite avec cet enchaînement de difficultés… ceci sans intégrer les éventuelles perturbations des marchés liés à la grippe A (H1N1).
Georges Douguet
CER FRANCE Côtes d’Armor
Photo : Confrontés à un enchaînement de difficultés, les producteurs de porcs se retrouvent dans une situation extrêmement délicate.