
Quatre hectares de surface agricole disparaissent chaque jour dans le département. L'urbanisme, les routes, les zones artisanales sont responsables du phénomène. "Pas seulement", rectifie Hervé du Cleuziou, président de la fédération départementale de la propriété privée rurale. "Le manque d'attractivité et le manque de rentabilité du foncier conduit nombre de propriétaires à prendre d'autres options que la location quand ils le peuvent". 300 hectares sont ainsi boisés chaque année dans le Morbihan au détriment de la production agricole. D'autres surfaces sont laissées en friche.
Prix des terres trop faible
La rentabilité est jugée insuffisante. L'indice du fermage n'a augmenté que de 7% sur les quinze dernières années. "Nous souhaitions que l'indice intègre l'évolution du prix du foncier, le taux d'inflation et une part de l'évolution du revenu agricole". Le gouvernement a retenu un calcul d'indice basé à 60% sur l'évolution du revenu agricole et à 40% sur l'indice de croissance. "Ce prix de fermage politique est totalement déconnecté de la réalité économique et notoirement sous-évalué". Le faible prix de la terre fait, par ailleurs, selon Hervé du Cleuziou, obstacle aux investisseurs. "C'est le plus faible d'Europe, et, en France, c'est la Bretagne qui est au plus bas". La Safer est accusée de bloquer l'évolution des prix et de décourager les investisseurs potentiels. "Si ces investisseurs trouvaient leur compte, les jeunes qui s'installent n'auraient plus à supporter le poids du foncier. Tout le monde serait gagnant et les terres libres ne seraient plus affectées au boisement". Le raccourci semble un peu rapide.
Faciliter la vente
La Commission des Structures est également au banc des accusés. Coupable, selon le président, d'imposer aux propriétaires, dans certains cas, des candidats exploitants dont ils ne veulent pas. "Traumatisant pour les intéressés. Les adhérents des syndicats d'agriculteurs doivent réaliser qu'ils pourraient être, un jour, confrontés à cette situation". L'impossibilité de reprendre les terres pour réaliser un capital est fortement critiquée. "Il faut impérativement que les propriétaires puissent vendre à certaines conditions d'âge et de revenu. Ce congé-vente avait été proposé et refusé à l'occasion de la Loi d'Orientation Agricole de 2006, écarté par la FNSEA". Ce problème lié à la difficulté de vendre des terres louées a fait l'objet d'une motion transmise au préfet du département.
ACCA
Les ACCA (association communale de chasse agrée) sont également dans le collimateur des propriétaires. La condition de posséder 60 hectares d'un seul tenant pour s'opposer à la mise à disposition des terres pour l'ACCA est jugée inacceptable, d'autant plus qu'elle n'est que de 25 hectares dans les départements voisins. "La solution est de s'arranger entre propriétaires de la commune pour réunir la surface suffisante". Encore faut-il que ces propriétaires soient informés à l'avance pour s'organiser. Ce n'est visiblement pas toujours le cas.
Bernard Laurent
Photo : L'assemblée générale des propriétaires privés ruraux s'est tenue vendredi dernier à la Chambre d'agriculture de Vannes.