
La Chambre d’agriculture dénonce le caractère complexe, inachevé et mouvant du Sdage. Jugeant les mesures peu pertinentes sur le plan technique et juridique. Jean-Pierre Le Bihan en charge du dossier environnement dit oui à la qualité de l’eau et à l’environnement, mais regrette qu’à aucun moment, on ne reconnaisse les efforts des agriculteurs. « À force de consulter tout le monde, la démocratie est bafouée avec un projet plein d’incohérences ».
L’agriculture est très impliquée puisque sur la quinzaine d’orientations, déclinées en 70 mesures, une vingtaine a un impact agricole. Trois thèmes sont considérés comme majeur pour le département : le phosphore, les nitrates et les algues vertes et les captages stratégiques.
Du préventif et de la concertation
Sur les mesures nitrates, la Chambre regrette qu’aucune mesure ne soit retenue pour le curatif. « On sait pourtant que le ramassage préventif des ulves d’algues permet de limiter la multiplication et donc les échouages d’algues vertes ».
Inquiétude sur la réglementation phosphore drastique sur certains secteurs. « Elle va limiter les possibilités d’utilisation des déjections organiques et relancer les achats d’engrais minéraux ». Pour la Chambre, priorité doit être donnée aux mesures de prévention par des moyens anti-érosifs limitant les transferts (couverture hivernale, talus, haies…). Regrettant par ailleurs l’absence de concertation préalable dans la définition des zonages pour les dix retenues soumises dès 2013 à l’équilibre de la fertilisation.
Elle a pris le cas du BV de l’Arguenon au travers de deux hypothèses : traitement ou réduction de la production. L’obligation de traitement aboutirait à résorber 576 tonnes de phosphore supplémentaire pour un coût de 3 millions d’euros par an et 15 millions de travaux. Se conformer à la réglementation par une réduction de la production conduirait à faire une croix sur 36 % de l’activité, et à une perte de 700 emplois dans la production, en amont et en aval.
Les Côtes d’Armor sont aussi très concernés par les captages dits stratégiques (73 captages), sur lesquels devraient s’appliquer des mesures spécifiques. Les élus regrettent une absence de concertation sur la définition des enjeux, des zonages. Ils souhaitent une modification des critères de définition de ces captages, des moyens financiers adaptés tenant compte des conséquences économiques. Autant d’arguments qui font dire à la Chambre qu’elle donnera un avis défavorable au projet de Sdage.
La Confédération plus nuancée
Thierry Thomas, le représentant de la Confédération Paysanne, s’est montré plus nuancé. « Nous sommes d’accords sur les objectifs du Sdage ». Il regrette cependant le saucissonnage des réglementations qui conduit son organisation à s’abstenir. Il est revenu sur le projet de modification des ZES qu’il juge déplacé. « La demande de suppression d’obligation de traitement et des plafonds d’épandages va de nouveau mettre en concurrence des agriculteurs qui n’ont pas les mêmes moyens ». Il a aussi mis l’accent sur le volet phytosanitaire et plus particulièrement sur l’utilisation excessive du Glyphosate. « On est entrain de dévoyer son utilisation et à terme la sanction va tomber, c’est-à-dire l’interdiction ». Un avis partagé par plusieurs autres membres de la Chambre.
Pierre Dénès
Photo : Signature de convention entre Claudy Lebreton, président du Conseil général et Olivier Allain, président de la Chambre