
Il faut tenter de ramener un minimum de régulation dans la filière laitière », a déclaré Frédéric Chausson, directeur du développement coopératif à Sodiaal Union, lors de l’assemblée générale de la FNCL, le 23 avril. « Il n’est pas possible de vivre avec cette volatilité des prix sur les marchés laitiers », a-t-il ajouté. C’est dans ce contexte que la FNCL met en avant la contractualisation qui « devient un outil indispensable », selon Gérard Budin, le président du syndicat. La FNCL a imaginé un « système de volumes et de prix différenciés ».
« A la main du producteur »
Un volume représentant un pourcentage du quota historique du producteur (à définir) serait payé à un prix « relativement stable », explique Frédéric Chausson. Ce prix serait le résultat d’un calcul intégrant un « mix d’indicateurs » inspiré de l’accord sur le prix du lait de 1997. Un autre volume dit « optionnel », « à la main du producteur », serait connecté au marché des produits industriels beurre poudre avec un prix « réactif ». Si ce système de différenciation n’est pas mis en place, le prix de lait moyen oscillera entre 200 euros/1000 litres et 400 euros/1000 litres, explique Frédéric Chausson.
Cette contractualisation donnera donc « l’opportunité aux producteurs qui le souhaitent de produire en marginal une quantité de lait supplémentaire qui, même si elle leur est rémunérée à un prix correspondant aux cours mondiaux, leur permettra de financer une partie de leurs frais fixes et par conséquent d’améliorer la marge de leur exploitation laitière », souligne Gérard Budin.
Cette contractualisation ne peut se faire que dans l’interprofession. Il faut assurer un encadrement national qui responsabilise les éleveurs et préserve leurs intérêts, précise la FNCL. Le cadre interprofessionnel est « garant du sérieux et de la transparence de l’application de la contractualisation ». Ce système n’est pas une idée neuve. C’est ce qu’a rappelé Jean Le Vourch, ancien président de la FNCL.
« Le lait
est blanc partout ! »
« Il faut faire attention, a prévenu Jean Le Vourch, on n’échappe pas à un marché, même mauvais ». Il ne faudrait pas donner à ce lait « optionnel » des responsabilités qu’il ne peut pas tenir, a-t-il analysé. En résumé, Jean Le Vourch a indiqué lors de l’assemblée générale de la FNCL « ne pas croire au cloisonnement du lait. Le lait est blanc partout ! ». Henri Brichart, le président de la FNPL, le syndicat des producteurs, s’inquiète quant à lui de la possible désincarnation du prix « stable » de la réalité des marchés. « Avant, le prix du lait payé aux producteurs était la résultante des marchés, le nouveau prix tel qu’imaginé par la FNCL ne serait qu’un élément directeurde la politique des entreprises », a-t-il déclaré. Pour le président de la FNCL, ce système de volume et de prix différenciés sera « complexe à mettre en œuvre, et il pose de multiples questions ». Néanmoins, « il paraît incontournable ». Il souhaite que l’interprofession en discute et qu’elle se mette d’accord. « Nous ferons ainsi le choix du développement et de la valeur ajoutée pour nos producteurs et nos entreprises », a-t-il conclu.
Photo : La fédération des coopératives laitières propose un prix « relativement stable » pour une partie des livraisons et un prix correspondant aux cours mondiaux pour ceux qui souhaiteraient produire en marginal des quantités supplémentaires.
Prix du lait : la prédominance du droit de la concurrence en question
Gérard Budin, le président de la FNCL, s’exprimant, le 23 avril sur la « difficile question » du prix du lait, a mis en avant la situation « inédite » conséquence de « la prédominance accordée au droit de la concurrence sur tout le reste, y compris sur la politique agricole et l’alimentation ». « On peut s’interroger sur ce dogme », a-t- il ajouté. Ainsi, l’interprofession laitière « n’a pas effectué de combinaisons des indicateurs économiques élaborés par le Cniel et n’a donc pas déduit une évolution du prix du lait car le droit à la concurrence l’interdit », a expliqué le président. Il propose de remettre au goût du jour « un certain nombre d’exceptions agricoles que les fondateurs de la politique agricole commune avaient eu la sagesse de prévoir en 1957 ». D’autant que « les distorsions fiscales et sociales existant au sein de l’Europe sont des atteintes aux mécanismes de marché connues de tous et acceptées pour des raisons politiques », a-t-il ajouté.