
La vache est le troisième animal domestique dont le génome est entièrement séquencé, après celui du poulet et du chien. Il aura fallu 6 années de travail, mené par 300 scientifiques issus de 25 pays, pour réussir à établir la cartographie génétique des bovins. Dont la participation des chercheurs français de l’Inra de Jouy-en-Josas.
Sans blague : Un ancêtre commun
Conclusion importante issue de ce séquençage, le génome bovin est beaucoup plus proche de celui de l’homme que peut l’être celui de la souris ou du rat. Il comprend au moins 22 000 gènes, dont la plupart se retrouvent chez l’homme. On comprend donc mieux pourquoi l’Homme – égalité revendiquée : Mesdames comprises – sont parfois si vaches. Ce qui n’empêche pas pour autant d’être rat… Et tant pis pour les autres qui se sont toujours senti proches du cochon, comme le laissent suggérer certaines découvertes scientifiques et d’autres comportements plus triviaux.
Plus sérieusement, les scientifiques ont découvert que la majorité des chromosomes bovins correspondent à de grands fragments de chromosomes humains, parfois des chromosomes entiers. La grande conservation du génome entre ces deux espèces est expliquée par l’existence d’un ancêtre commun à l’homme et au bovin remontant à environ 95 millions d’années. Pas la peine de faire la grimace pour ceux qui pensaient descendre du singe.
Les réarrangements survenus ultérieurement sont principalement localisés dans les gènes impliqués dans l’immunité, le métabolisme et la digestion. Ces changements pourraient expliquer l’efficacité des ruminants à convertir des fourrages pauvres énergétiquement en viande et lait. Dire que l’on aurait pu être bête à manger du foin ! On l’a échappé belle… Et l’on ne parle pas des cornes ! Ni, savoir-vivre oblige, des éructations quotidiennes de 600 litres de méthane. A quelle punition a-t-on échappé d’être, toute notre vie durant, obligé de porter un regard bovin sur notre personne, autoproclamée être supérieur.
800 races aux aptitudes variées
Le séquençage a également dessiné une cartographie de la diversité génétique dans les différentes populations bovines. L’analyse de près de 500 animaux de 17 populations, y compris la race française Limousine, montre que les bovins constituaient une population originelle très diverse qui s’est structurée sous l’effet de la domestication, la formation des races et la sélection.
La diversité globale reste cependant aujourd’hui considérable sur l’ensemble de l’espèce bovine. Depuis la domestication il y a 8000 à 10 000 ans, la conduite des populations de bovins par l’homme a débouché aujourd’hui sur plus de 800 races d’aptitudes variées. Les zébus sont plus diversifiés que les taurins, ce qui est cohérent avec l’hypothèse de foyers de domestication distincts et d’une base initiale plus large pour les zébus.
Didier Le Du
(Source Inra)
La sélection en haut débit
La sélection génomique des meilleures populations pratiquée par les éleveurs sera ainsi optimisée. Elle consiste à sélectionner des reproducteurs sur la base de leur valeur génétique prédite à partir de marqueurs génétiques répartis sur tout le génome. Cette approche est rendue possible par la disponibilité, pour un nombre croissant d’espèces, de puces à ADN constituées de 50 000 à 60 000 marqueurs.
Les données issues du séquençage permettent le développement d’un très grand nombre de marqueurs génétiques et d’outils de génotypage à haut débit, renouvelant complètement les méthodes de gestion des populations pour une sélection de nouveaux caractères.
La connaissance du génome va aussi faciliter l'identification des mutations responsables de pathologies chez les bovins.