
Le bilan des dix dernières années de sélection de la race limousine est équivoque. En 1998, les responsables de l'organisme de sélection donnaient la priorité aux qualités maternelles et aux aptitudes bouchères dans l'index de synthèse. Ces critères étaient considérés, à l'époque, comme les plus importants à sélectionner pour dégager du revenu. Le constat est sans appel, surtout en Bretagne. "Le développement squelettique des animaux a été très important. Le développement musculaire beaucoup plus limité", remarque Sébastien Stamane, directeur technique du Herd Book national. Comment expliquer cet écart entre les objectifs initiaux et les résultats sur le terrain? "Les femelles de renouvellement conservées dans les élevages ont été sélectionnées sur des critères phénotypiques (performances visibles) plus que sur les index". La raison essentielle tient à la grille de paiement. "Contrairement à ce que l'on imaginait, la filière a privilégié les animaux lourds, payés plus chers au kilo". Les concours ont également leur responsabilité dans ce décalage. "Les animaux qui présentent les meilleures qualités bouchères obtiennent rarement les premiers prix. Ils sont déclassés au profit d'animaux plus grands". Dix centimètres de plus au garrot, en une dizaine d'années. La Limousine a pris de la hauteur. Suffisamment pour engager une réorientation des objectifs de sélection.
Limiter le poids de carcasse
"Le marché doit donner des signes forts", déclare Bernard Roux, président national du Herd Book. "Il faut limiter le poids de carcasse à 400 kilos. Un animal devrait même être rentable à 380 kilos". Le président met en garde contre les effets négatifs d'un développement trop important. "Au-delà d'une certaine taille, les pièces ne correspondent plus à la portion consommateur. L'entrecôte, par exemple, ne doit pas excéder un certain poids pour être consommée par une personne". Le manque d'animaux conformés pourrait également, à terme, pénaliser le circuit de commercialisation sous label de qualité. La filière est à la croisée des chemins. Sélection, grille de paiement, souhait des bouchers et des consommateurs devront être en meilleure adéquation pour obtenir des résultats conformes aux objectifs. L'orientation à prendre impactera la race sur la prochaine décennie. La génomique sera un atout important pour détecter précocement les aptitudes maternelles des animaux (allaitement, facilité de vêlage, fertilité). Les formules de calcul d'index de synthèse, spécificité française, devront donner un poids plus important aux aptitudes bouchères pour conserver les qualités de la race. "Nous devons également accentuer le travail sur l'efficacité énergétique des animaux". La transformation des protéines végétales en protéines animales pourrait, en effet, à terme, devenir un luxe.
Bernard Laurent
Photo : Guy Talec, président de section Bretagne, (à gauche) éleveur à Cléden-Poher (29), et Bernard Roux, président national du herd-Book.