
On ne peut pas s'offrir le luxe de ne pas se pencher sur la question. Pour Raymond Barré, de la Chambre d'agriculture du Finistère, le message ne saurait être plus clair : "Avec une conjoncture plus difficile, certains élevages de bovins viande auront besoin des Mesure agro environnement (MAE) pour dégager une rentabilité. Les MAE, il faut s'y intéresser. L'enjeu potentiel est de 7600 euros par an, par exploitation et pendant 5 ans." La question revêt un caractère d'urgence actuellement puisque que les dossiers de demande de MAE sont à déposer, avec la Pac, au 15 mai. Par ailleurs, dans le cas de la Prime herbagère agroenvironnementale (PHAE) en particulier, rien ne dit que l'enveloppe qui l'abonde sera reconduite, au même niveau, l'année prochaine. Cette dernière est décidée au plan national. La prime Système fourrager économe en intrants (SFEI), pour sa part, est alimentée par des fonds européens et régionaux, à la pérennité plus assurée.
Aide à l'hectare ou sur toute l'exploitation
Autre distinction entre SFEI et PHAE : la première est une mesure "système", ce qui implique qu'elle concerne l'ensemble de l'exploitation engagée, tandis que le cahier des charges PHAE s'applique aux parcelles d'herbe engagées. Le montant de la première est supérieur (130 euros / ha contre 76 euros / ha) mais le plafond est le même entre les deux mesures : 7600 euros. Une exploitation en SFEI doit comporter 55 % de sa SAU et 75 % au minimum de sa SFP en herbe, avec au maximum 18 % de la SFP en maïs. Pour SFEI comme PHAE, les principales contraintes concernent, tout logiquement, les apports de fertilisation et de phytosanitaires. "La SFEI peut concerner des élevages naisseurs engraisseurs spécialisés, naisseurs spécialisés, ayant moins de 140 U d’azote organique par hectare, ce qui permet en théorie d’aller jusque 1,75 UGB/ha au maximum, a calculé Raymond Barré. Pour la PHAE, ce sont des élevages avec beaucoup de surfaces et le chargement est plafonné à 1,4." Le choix de la MAE doit aussi intégrer les potentiels cumuls : la PHAE est cumulable avec des aides territorialisées, la SFEI avec le crédit d’impôt accordé à la production biologique...
En MAE depuis 14 ans
Chez Pascal Hillion, naisseur engraisseur (40 Limousines et leur suite, élevées sur 44,5 ha dont 38,5 en herbe) à Saint-Bihy (22), le choix de souscrire une MAE (SFEI) s'est effectué en toute continuité, en 2008. "Auparavant j'étais en CTE, indique-t-il. Je suis en MAE depuis 95-96. En étant passé en SFEI, la principale nouvelle contrainte, qui s'applique à mon exploitation, est le désherbage chimique uniquement en localisé contre chardons et rumex dans mes prairies. Auparavant, je traitais les nouvelles prairies en plein, mais à quart de dose, pour éradiquer les rumex qui germaient. Désormais, il me faudra généraliser le traitement localisé au pulvérisateur à dos."
Les prairies, chez Pascal Hillion, sont en effet surveillées de près : de longue date, le choix a été fait de maximiser l'herbe, si possible pâturée, dans l'alimentation. Le maïs a disparu des parcelles depuis 81, car l’exploitation s’y prête mal (exposition nord, parcelles humides) et l'éleveur n'est pas équipé pour en stocker ni en distribuer. L'alimentation hivernale est basée sur le foin, avec céréales (autoproduites ou achetées) et tourteau de colza en complément. En terme de sorties d'animaux, 18 des 22 femelles vendues l'année dernière l'ont été via le label, à des poids de 375 kg pour les vaches et 363 kg pour les génisses, aux prix moyens de 1444 euros/vache et 1560 par génisse. Les taurillons sont partis à 450 kg pour ceux de 22 mois après une 2ème saison à l'herbe, et 386 kg pour ceux de 18 mois.
Des performances que l'éleveur obtient avec un coût alimentaire (302 euros/UGB) actuellement supérieur à l'objectif en raison des achats extérieurs (60 tonnes de foin, des céréales), le coût fourrager s'élevant pour sa part à 51 euros/ha de SFP. Mais l'exploitation est à un tournant : "certaines parcelles d'herbe, que j'avais voulu laisser vieillir au maximum, ont décroché l'année dernière, entraînant une baisse de rendement fourrager. Je fais donc le choix d'en renouveler cette année", explique l'éleveur, insistant sur la surveillance de tous les instants que nécessite l'herbe.
Anne-Laure Lussou
Photo : Pascal Hillion entouré du groupe d'éleveurs participant à la journée "MAE en système allaitant" organisée par Raymond Barré, de la Chambre d'agriculture du Finistère, vendredi 17.