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Lait / Avec la génomique - « Une nouvelle hiérarchie génétique apparaît »
 

Après un départ rapide des unités de sélection dans la génomique, des observateurs laissent penser que le testage des taureaux n’est pas mort ?


La confusion vient de ce que les Américains appellent testage et qui n’est rien d’autre que ce que nous allons mettre en place avec nos taureaux dits génomiques. Soyons clairs : avec les nouvelles méthodes de sélection, le testage des taureaux avec un protocole rigoureux, tel qu’il est pratiqué, est appelé à disparaître.
Pour ce qui est de notre
coopérative, nous avons déjà abattu 20 % des taureaux en cours de testage classés parmi les moins bons et les nouvelles mises en testage classique prendront fin en juillet prochain. Fin 2009, les index génomiques seront publiés. Dès la prochaine campagne, nous diffuserons nos jeunes taureaux sous le label ProfilADN.
Pour autant, si nous vivons un grand changement technologique dans la manière de sélectionner nos taureaux, les grandes lignes de sélection restent les mêmes. On recherchera toujours la bonne vache qui fait beaucoup de lait.


Cette nouvelle méthode est-elle suffisamment fiable ?


Les choses avancent très vite. Début des années 2000, la méthode de sélection Sam 1 (sélection assistée par marqueurs) permettait de trier les taureaux avant testage avec une augmentation de précision de CD (Coefficient de détermination) de 0,05 à 0,1. Avec la 2e génération (Sam2), la précision est montée à 0,6. Aujourd’hui, nous sommes à 54 000 marqueurs connus. Vraisemblablement, ce nom-bre sera porté à 300 000 dans un ou deux ans. Ce qui permet des précisions de sélection supérieures à celles qui sont obtenues sur un taureau de testage dont on connaît les performances d’une cinquantaine de filles.


La précision de sélection est-elle aussi bonne sur les index secondaires, comme les fonctionnels par exemple ?


Avec la sélection génomique, les CD vont devenir équivalents entre un index lait et d’autres caractères faiblement héritables. Les progrès seront donc plus rapides sur des critères comme la longévité, les cellules, et surtout la fertilité.
Cette nouvelle technologie permettra même de sélectionner des critères comme l’efficacité alimentaire, aujourd’hui indirectement sélectionnée au travers du potentiel de production. On peut aussi imaginer, en fonction de la demande des laiteries, axer la sélection sur la composition du lait. Une sélection deviendra également possible sur la résistance aux maladies, pour peu que l’on collecte des données sur ces caractères.


Faut-il s’attendre à un bond génétique dans les années à venir ?


La publication des index génomiques à la fin de l’année va mettre, d’un coup sur le marché, les taureaux qui, avec l’ancien schéma, auraient dû sortir progressivement ces quatre prochaines années. Mais ce bond de 4 ans sera encore accentué sur les quatre à huit ans qui viennent par la voie femelle puisqu’il sera maintenant possible de connaître la valeur génétique des génisses avec une précision jamais égalée jusqu’à présent. Reste que ce bond attendu est conditionné à l’utilisation que feront les éleveurs des nouveaux taureaux.


Des sélectionneurs habitués à placer des taureaux dans des centres d’insémination craignent de ne plus pouvoir le faire. Ont-ils des raisons de s’inquiéter ?


Une bonne vache restera une bonne vache. Le changement de méthode de sélection ne change en rien les objectifs de sélection. En revanche, en typant les femelles, une nouvelle hiérarchie se dessinera dans les troupeaux et entre les troupeaux. Avec un typage aujourd’hui assez coûteux (220 €), mais qui baissera inexorablement dans les années à venir, toutes les génisses pourront être typées. Ce qui permettra d’avoir un CD de 0,6 dès la naissance.
Pour autant, la proportion de mères à taureaux restera toujours plus élevée dans les élevages sélectionnés de longue date. Ensuite, tout dépendra des moyens consacrés pour élargir la recherche de nouvelles mères à taureaux. Une unité de sélection pourrait par exemple décider d’élargir sa base de sélection pour des raisons x ou y. Avec cette réserve que, plus la sélection descend dans la hiérarchie, plus la « chance » de dénicher des élites s’amenuise.


Avez-vous déjà défini la nature des nouveaux contrats qui lieront les éleveurs et Amélis ?


En tant que coopérative, nous avons réfléchi à un partenariat global d’élevage. C’est-à-dire que nous proposons aux éleveurs une aide logistique pour trouver des receveuses. S’il le faut, nous proposerons  des places en station pour les élever.
Pour permettre à nos adhérents de progresser et de mieux valoriser les femelles, nous proposerons un échange de ressources génétiques femelles avec l’étranger.
En retour de cet accompagnement, les éleveurs devront nous proposer prioritairement les mâles. Avec à la clé : 2 000 € pour tout mâle rentrant en station, ou 1 000 € d’indemnisation pour ceux qui seront sous contrat mais non retenus pour l’entrée en station.
Pour les mâles effectivement diffusés, les éleveurs auront le choix entre un complément de 5 000-6 000 € ou des royalties sur le nombre de doses diffusées, voire une forme d’intéressement. Le choix se faisant bien entendu avant que l’on connaisse les index du taureau.


Cette nouvelle organisation aura-t-elle des conséquences sur le prix de l’insémination ?


Très clairement, non.  Il s’agit d’un redéploiement des budgets, avec d’un côté des économies (le testage) et de nouvelles dépenses (le typage).
Par contre, les éleveurs se verront proposer un éventail de taureaux plus segmenté. Nous serons capables de mieux répondre aux attentes individuelles. Par exemple : des vaches garantissant un confort de production ou des vaches bonnes reproductrices. Et pourquoi pas des vaches adaptées à l’herbe.

Recueilli par D. Le Du


Photo : Jean-Yves Dréau, directeur création génétique et production de semences à Amélis.


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Date de l'article : semaine du N° du 24 au 30 Avril 2009
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