
Il manquera plus de 10 000 hectares de plan d'épandage sur la zone en amont du Lac au Duc (Ploërmel) quand la mesure concernant l'équilibre de la fertilisation en phosphore sera appliquée". L'étude de la Chambre d'agriculture est sans appel. 370 exploitations du bassin versant, en amont du lac, sont concernées. 64 d'entre elles, dans l'obligation de traiter ou d'exporter les effluents, sont impactées économiquement.
Dès 2013, les exploitations en amont d'une dizaine de plans d'eau en Bretagne seront soumis à cet équilibre de fertilisation en phosphore. La production avicole, avec un équilibre d'une unité d'azote pour une unité de phosphore dans les effluents, est la plus pénalisée. Les élevages mixtes avec un atelier avicole sont fragilisés. L'avenir de ce deuxième atelier est incertain. "La mesure Sdage phosphore induit une réorientation économique de 10% à 15% des exploitations du secteur alors que leur contribution à l'eutrophisation n'est pas fondée", conteste Laurent Kerlir. Cette mesure d'équilibre de l'azote concerne, plus globalement, l'ensemble des exploitations de la région, lors du renouvellement des autorisations (installations classées). Les prêteurs de terre pour les plans d'épandage se verront dans l'obligation de compenser la baisse d'importation d'unités d'azote par de l'engrais minéral. "Les agriculteurs seront, de plus, tentés de prêter leurs terres à des producteurs de porcs plutôt qu'à des aviculteurs pour avoir plus d'azote". La remarque de Jean-René Meunier, élu à la Chambre et producteur de céréales, soulève un problème indirect, qui pourrait, encore un peu plus, pénaliser le secteur avicole.
Absence d'équité par rapport aux collectivités
Les responsables professionnels, qui regrettent de ne pas être suffisamment consultés, souhaiteraient encourager des mesures limitant l'érosion et donc les transferts (couverture hivernale, talus, haies…). "Ces mesures anti-érosives ont pourtant été jugées essentielles par les experts nationaux du phosphore". Laurent Kerlir déplore également l'absence d'équité entre les dispositions retenues pour les collectivités qui "bénéficient de solutions alternatives en cas d'impossibilité de respect des normes" et celles retenues dans le domaine de l'élevage qui présentent une charge financière supplémentaire.
Francis Roy, pour la Confédération Paysanne, exprime une différence de point de vue, tout en regrettant, lui aussi, l'empilement des réglementations. "Attention à ne pas faire la politique de l'autruche. Les attentes sociétales sont fortes. La profession doit en tenir compte. Tous les citoyens contribuent financièrement à l'amélioration de la qualité de l'eau. Concernant les plans d'épandages, les 170 unités d'azote autorisés à l'hectare sont un maximum qu'il n'est pas nécessaire d'atteindre pour obtenir de bons rendements".
Le Blavet et le littoral
Les modalités d'application de certaines mesures contenues dans le Sdage devront être clarifiées, de l'aveu même de Laurent Cayrel, préfet du Morbihan. Le principe de précaution qui conduit à la mise en place d'un programme de réduction de flux de nutriments parvenant sur la côte est contesté. L'objectif est de lutter contre les algues vertes. Plusieurs bassins versants sont concernés en Bretagne dont celui du Blavet. En l'absence de connaissance suffisante des phénomènes, les Sage établissent un programme de réduction des nitrates d'au moins 30%. "Sur quels critères scientifiques cette contrainte est-elle fondée ?" s'insurge Laurent Kerlir. "Des études récentes de l'Ifremer démontrent l'influence prédominante de l'estuaire de la Loire sur le développement phytoplanctonique sur le littoral du sud de la Bretagne. Et ce secteur géographique n'est pas concerné par cette mesure". Par ailleurs, les professionnels soulignent les incohérences entre certaines mentions du projet Sdage et les orientations du Grenelle notamment sur les captages stratégiques ou sur les retenues collinaires et demandent une clarification des textes à l'administration.
Bernard Laurent
Photo : Soumis à la consultation, lors de la Session Chambre, lundi dernier, le projet de Sdage Loire-Bretagne a reçu un avis défavorable des élus de la FDSEA et favorable de ceux de la Confédération Paysanne. Les représentants de la Coordination Rurale se sont abstenus. Le calendrier prévoit l'application des mesures retenues en fin 2009.