
Faute d’accord sur une recommandation sur le prix du lait, l’interprofession nationale a renvoyé aux régions les discussions. Pas du goût des responsables lait de la FDSEA-Jeunes Agriculteurs des Côtes d’Armor qui ne se disent pas prêts pour une négociation dont l’issue pourrait être un alignement par le bas. La situation difficile de plusieurs entreprises collectant sur la Bretagne nourrit leurs craintes.
« Le 31 mars, nous avons produit du lait qui sera payé + ou – 330 euros/1000 litres. Aujourd’hui nous continuons de produire, mais sans que nous sachions à quel prix. Les rumeurs évoquent une baisse qui pourrait aller jusqu’à 30 %, voire plus. », s’inquiète Hervé Moël le président de la section laitière de la FDSEA 22.
Pas de démagogie
Il poursuit : « Nous sommes conscients que la situation des marchés est difficile, notamment pour les produits dits industriels. Et nous n’allons pas prêcher la démagogie en laissant croire aux producteurs que l’on peut aller vers une reconduction du prix ou une hausse. Mais nous ne sommes pas prêts à accepter une baisse inconsidérée en ne prenant comme seuls critères de fixation du prix que les produits qui se valorisent les moins bien ».
Les responsables rappellent que sur 2008, les prix des produits qualifiés de grande consommation (PGC) ont augmenté en France pour le consommateur de 9,8 %. Pour les producteurs, il faut aussi tenir compte de l’évolution des coûts de production. « Pour être acceptable, la recommandation sur le prix du lait doit tenir compte de ces deux éléments. La solution n’est surtout pas de s’aligner sur les moins-disants régionaux ou européens ».
Pas question donc de cautionner un prix très bas en totale déconnection de la réalité économique des producteurs. Ronan Le Denmat, responsable Jeunes Agriculteurs, estime que les éleveurs et notamment les jeunes ont investi pour disposer des outils performants et aux normes. « Seul un prix correct peut leur permettre de faire face à leurs engagements ». Soulignant par ailleurs que pour attirer des jeunes vers le métier, il faut aussi des perspectives de revenu.
Préparer l’avenir
Ce contexte plus que difficile met également en évidence le désengagement des pouvoirs publics français et européens sur les outils de gestion et de régulation des marchés. Cela est d’autant plus inquiétant que la dernière campagne laitière s’est soldée par une sous-réalisation du quota de l’ordre de 5 %. « Certes la crise économique est passée par là, mais ce n’est pas la seule raison. Cela confirme l’absence de politique de gestion des marchés alors que la concurrence mondiale est devenue plus forte ». De fait, la décision du ministre, du gel de 1 % de quota supplémentaire, pour la campagne qui démarre est accueillie avec une certaine satisfaction, mais aussi avec des réserves. « La France ne peut être la seule à maîtriser sa production. Il faut un accord européen ».
Les responsables espèrent le retour à un débat plus serein dans les prochains mois. « Nous continuons de travailler au sein de nos instances départementales et régionales, notamment dans la perspective de l’après quota, avec des fondamentaux : l’organisation des producteurs, une même base de paiement pour tous, la gestion des volumes par les producteurs en relation avec les transformateurs, le partage équitable des marges dans la filière », insiste Hervé Moël.
FDSEA et Jeunes Agriculteurs entendent rester actifs sur la défense du prix et du revenu, mais invitent aussi les producteurs à se montrer vigilants dans la maîtrise et l’optimisation des coûts de production. « 2009 s’annonce difficile. Sur le moyen terme pour les producteurs, il n’est pas envisageable d’accepter un prix bas avec des coûts de production qui ne cessent d’augmenter », concluent les responsables qui annoncent aussi vouloir aller sur le terrain à la rencontre des producteurs pour expliquer le contexte. En clair, pas question de laisser le champ libre à ceux qui voudraient séduire les producteurs en les berçant d’illusions.
Pierre Dénès
Photo : Les responsables de la section lait FDSEA - Gabriel Lirzin, Hervé Moël, Yves Bazy et des Jeunes Agriculteurs Ronan Le Denmat et Samantha Guergnon.