
La retraite se prépare. C’est d’autant plus vital lorsque les pensions servies sont faibles, ce qui est le cas en agriculture (lire en encadré). Certes, nombre exploitants tablent sur la vente de leur entreprise pour se constituer un capital retraite. C’est risqué. Car, pour de multiples raisons, la cession d’une exploitation s'avère souvent difficile et insuffisante. Il est alors trop tard pour agir, notamment dans un contexte sociétal où les solidarités familiales sont de plus en plus fragiles.
Aussi, mieux vaut appliquer la bonne vieille maxime : « on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même » et préparer, d’ores et déjà, l’après activité professionnelle.
Des ressources aux besoins
La première étape de la réflexion consiste à estimer les ressources prévisibles à recevoir des régimes obligatoires. Quel niveau de ressources souhaitez-vous ? Sur quelle « tête », devez vous faire porter l’effort dans le couple ? Cette démarche est indispensable pour des raisons de prévoyance, notamment en cas de décès ou d’accident d’un des conjoints.
Dans un second temps, chiffrez vos besoins financiers à la retraite. Ils sont généralement estimés à 80 % des dépenses effectuées en période d’activité. Vous pouvez aussi vous baser sur des moyennes. Le niveau de vie annuel des retraités en 2006 s’élevait à 21 540 € (*).
Il convient ensuite d’estimer les besoins en capitaux ou l’effort d’épargne à réaliser pour combler l’écart entre ressources et besoins. Cet effort varie selon l’horizon qui vous sépare de la retraite. Il est à moduler en fonction de l’âge, de la situation personnelle, financière, professionnelle de chacun. Par exemple, si vous êtes âgés de 45 ans et que vous souhaitez percevoir un complément de retraite d’environ 500 € durant 25 ans, vous devrez effectuer un effort d’épargne d’environ 5 000 €/an pendant 15 ans.
Reste enfin à déterminer quelles solutions retenir ? Plusieurs options, la plupart du temps cumulables, s’offrent à vous :
- adapter votre statut social et celui de votre conjoint aux ressources de l’entreprise. Il importe d’optimiser les cotisations sociales en vue de maximiser les prestations futures ;
- acquérir la propriété de biens durables afin d’alléger vos charges. Par exemple en devenant propriétaire de votre résidence principale par le remboursement de la totalité des emprunts contractés avant le départ en retraite ;
- constituer des revenus complémentaires à effet différé, à l’image d’une rente viagère.
Les dispositifs dits «de complément de retraite», souscrits à titre individuel ou collectif, sont extrêmement nombreux. Ce choix nécessite d’être sérieusement appréhendé compte tenu de la diversité des placements : fiscalité non homogène (à l’acquisition, durant la détention et à la sortie), risques financiers plus ou moins élevés, possibilité ou non de réversion…
Enfin, dernière option envisageable : poursuivre ou reprendre une ou plusieurs activités lucratives, comme l’autorise le dispositif de cumul emploi/retraite.
Jean-Jacques Rio
CER FRANCE Morbihan
(*) Sources : Insee-DGFiP-Cnaf-Cnav-CCMSA, enquêtes Revenus fiscaux et sociaux 2005 et 2006.
Des pensions au ras des pâquerettes
Moins de 1 000 €, c’est le montant moyen des retraites agricoles, avec un différentiel de 40 % inférieur pour les femmes.
Pourquoi les retraites agricoles sont-elles si basses, en particulier pour le public féminin ? À une époque, l’État a fait le choix de ne pas faire peser des charges sociales trop lourdes sur les agriculteurs. La transmission ou la vente de l'exploitation au moment de la retraite était censée constituer un patrimoine permettant de faire face aux besoins des retraités. Ce qui n’est pas toujours le cas aujourd’hui.
Par ailleurs, les retraités agricoles n’ont pas toujours eu les moyens de cotiser ou, alors, sur de faibles revenus et à partir d'une assiette insatisfaisante (le revenu cadastral), remplacée par le revenu professionnel dans les années 1990.
Des cotisations peu élevées, s'appliquant à des revenus modestes : pas besoin d'être « expert » pour comprendre pourquoi les retraites agricoles sont si maigres !