
Jean Ollivro, géographe et enseignant à l’Université de Rennes 2 situe les enjeux costarmoricains. La maîtrise du foncier pour des activités productives, et donc d’abord pour l’agriculture, est pour lui un impératif. Rappelant que sur le plan mondial seulement 11 % des terres sont à même de supporter une activité agricole. Il cite quelques chiffres qui illustrent l’impact de l’agriculture et agroalimentaire dans l’économie régionale en y incluant toutes les activités d’amont et d’aval (négoce, industrie, transport, formation …). « 38,9 % du chiffre d’affaires des entreprises, 34.1 % de l’export, 30 % de l’emploi, mais seulement 13 % de la marge nette ».
Une prise de conscience
La relation prix / pression foncière est évidente. « Le coût de la terre agricole est 26 fois inférieur à celui des terres destinées à la construction. Dès lors la tendance sur certains secteurs est au gel du foncier ». Un phénomène accentué en zone littorale, où l’on assiste à ce qu’il appelle « une bétonnisation ». C’est le fait des plus riches et des plus âgés. Paradoxalement ce sont désormais ces communes du littoral qui perdent de la population.
Il note cependant une certaine prise de conscience politique des enjeux du foncier. « Elle est souvent plus forte dans les zones urbanisées ». Invitant à repérer les bonnes pratiques pour une approche qui intègre à la fois la dimension économique, sociale et intergénérationnelle, environnementale. Un défi dans la dualité agriculture et urbanisation, pour ne pas rompre avec le paysage de bocage et évoluer systématiquement vers des « open field », c'est-à-dire des territoires exclusifs pour l’agriculture mais aussi sans réelle vie sociale.
Les outils existent
Chiffres à l’appui, la profession agricole tire la sonnette d’alarme. « Depuis 2000, 11 000 ha ont été classés en prévision d’urbanisation au travers des 175 documents d’urbanisme approuvés et de 48 documents en cours d’élaboration », explique Jean-Paul Hamon, chef du service aménagement et environnement de la Chambre d’agriculture. De même entre 2000 et 2006 plus de 2100 permis de construire pour des logements ont été approuvés avec des surfaces moyennes de 1300 m2, soit au total 2500 ha mobilisés. Un constat qui met aussi en évidence les conflits d’usage, une cohabitation parfois difficile.
Danièle Even, secrétaire général adjoint est quant à elle revenue sur les grandes orientations des élus de la Chambre d’agriculture. Elle a notamment insisté sur la nécessaire gestion économe à partir de 2 axes de travail : l’optimisation du parcellaire agricole et la maîtrise de la consommation. « L’optimisation passe par des diagnostics en mettant en évidence les économies substantielles pour les exploitations, et la promotion d’outils de réorganisation ». Un travail à réaliser en interne au sein de la profession, sans doute pas évident, tant il est vrai que les aspects patrimoniaux interfèrent.
« La maîtrise de la consommation du foncier ne peut s’opérer qu’en étroite collaboration et concertation avec les autres acteurs du territoire qui convoitent aussi le foncier pour d’autres usages, habitations, infrastructures, zones de développement industriel ou commercial ». Pour la profession, pas question de se placer en opposition mais de rappeler que cette maîtrise nécessite une généralisation des documents d’urbanisme sur l’ensemble des communes, s’appuyant sur des SCOT qui fédèrent les politiques locales.
Elle insiste par ailleurs sur l’importance de l’anticipation et de la mise en place d’observatoires locaux de la consommation de foncier. L’objectif est de donner de la lisibilité aux agriculteurs concernés par d’éventuelles emprises foncières mais aussi d’éviter quelques abus. Soulignant qu’il manque sans doute quelques outils juridiques. Un droit de préemption partiel de la Safer limiterait la perte de surfaces via les espaces résidentiels et de loisirs. À noter également l’engagement de la profession sur la nouvelle « Charte Agricole », rénovant différents principes (logement de l’exploitant, zonage, constructibilité en zone rurale…).
Pierre Dénès
Photo : Danièle Even et Jean-Paul Hamon ont rappelé les positions professionnelles