L'année 2008 n'a pas été facile, ni pour les éleveurs et responsables de Sodiva-Coopagri Bretagne, ni pour l'abattoir Ronsard, principal débouché. Il a fallu jongler avec les dates de mise en place, décaler les enlèvements… L'assemblée de la section a suscité un débat vif, mais courtois, qui a eu le mérite de permettre aux éleveurs et aux responsables de l'abattoir d'exposer leurs contraintes, dans un marché chahuté.
"L'équilibre de l'offre et de la demande n'est pas facile en dindes", explique Gilles Dréan, directeur de Ronsard. Les animaux ont de bonnes croissances, d'où des tonnages importants de viande. "L'abattoir ne veut pas faire de stocks car il faut ensuite les brader". Les enlèvements sont retardés et le stock se retrouve en élevage. Ces dernières semaines, des femelles ont été enlevées à 16-17 semaines et des mâles à 23 semaines.
Pour les éleveurs, ce retard d'enlèvement de 4 à 5 semaines crée un stress supplémentaire, des risques de mortalité plus élevés, des conditions de travail difficiles et au final, une perte financière car les semaines supplémentaires sont peu rémunérées. "Eleveurs et abatteurs ont parfois du mal à se comprendre, car les éleveurs sont confrontés aux problèmes concrets de conduite de lot au quotidien, alors que l'abatteur raisonne à moyen terme et vise l'équilibre offre-demande", confie Jean Dano .
Des premiers mois 2009 difficiles
Sur l'année 2008, le nombre de dindes mises en place à Sodiva est en baisse de 4,4 % par rapport à 2007. "C'est mieux que le marché français où la baisse a atteint 10 %", souligne Jean-Marc Le Franc, de Coopagri Bretagne. "Par contre, le début de 2009 est plus difficile avec une baisse de 14,4 % des mises en place de dindes pour Sodiva".
En poulets, les mises en place ont été stables, en 2008
(-0,6 %). Le début 2009 est également laborieux avec – 15 %. "Il n'est pas question de mettre des lots en place si nous n'avons pas les marchés", déclare Gilles Dréan. Ronsard essaie de s'adapter au mieux au marché, en minimisant ses stocks mais en contrepartie, l'entreprise impose aux éleveurs une flexibilité des plannings et des décalages d'enlèvements, voire un allongement des vides sanitaires.
Restructurations bretonnes
"Depuis 5 ans, l'aval de la filière avicole bretonne est en perpétuelle évolution avec des regroupements, des restructurations parfois accompagnées de disparitions d'usines", explique Jean-Bernard Solliec, directeur général de Coopagri Bretagne. On note même l'arrivée des Brésiliens en Grande Bretagne avec le rachat de Moy Park par Marfrig ainsi que l'entrée de Vion, leader européen de la viande qui a racheté Grampian, numéro un anglais de la volaille.
"Les centres de décision "avicoles" quittent la Bretagne", poursuit J.B. Solliec. On en compterait plus que deux dans la région, dont Ronsard-Coopagri. Depuis le rachat de Ronsard par Coopagri en 1998, l'activité de l'entreprise est stable, voire en légère progression, alors que la production bretonne a sérieusement diminué.
En 10 ans, l'abattoir a profondément modifié son activité, réduisant de 23 % son volume en dinde pour augmenter de 47 % en poulets. "En élargissant la gamme pour faire ce que d'autres ne font pas, en acquérant des fonds de commerce complémentaires (poulets fermiers), en développant les produits élaborés, nous nous sommes plutôt orientés vers des marchés de niches avec des séries limitées et des produits spécifiques".
Le frais européen
L'avenir sera encore chahuté : 2013 sonnera peut-être la fin des restitutions, la concurrence brésilienne continuera de se renforcer. "Dans ce contexte, l'avenir de la Bretagne, c'est le marché du frais européen et la région a des atouts par la densité et la compétitivité de ses opérateurs", poursuit J.B Solliec. "Si nous traversons la crise actuelle, nous aurons un avenir, à condition de dégager une rentabilité suffisante chez les éleveurs pour rénover le parc de poulaillers".
Faut-il s'affilier à un grand groupe ? "À court terme, c'est un moyen de réduire les soucis du quotidien, mais à moyen et long terme, c'est dangereux car nous serions alors des sous-traitants et la production avicole pourrait disparaître de la Bretagne", répond le directeur général. Passer ces premiers mois de 2009, avec le minimum de stocks, c'est l'objectif des responsables de Ronsard et Sodiva et à partir de mai-juin, pouvoir accélérer les mises en place, en espérant une reprise de la consommation durant l'été.
Patrick Bégos
Les normes bien-être
Déjà se profile à l'horizon 2010 (juillet), la nécessité de s'adapter aux normes bien-être animal avec des normes de production de volailles/m2. Dans cette évolution, le rôle de l'abattoir sera essentiel car il faudra mettre en place un enlèvement précoce d'animaux plus légers, de manière à respecter les normes de poids/m2 en fin de lot. Chaque groupement devra donc anticiper pour avoir les débouchés pour ce type d'animaux légers.