
La volonté d'évoluer vers un système moins intensif a été fatale à la Holstein chez Stéphane Le Bozec, au Croisty, en Centre Ouest Bretagne. "Les 9600 kilos de lait produits par vache entraînaient des problèmes de fertilité et de cellules. J'ai souhaité développer la production à l'herbe et tester, dans le même temps, une race mixte". Le choix original de la Simmental s'explique par une visite au Space en 1998, où quelques vaches de la race étaient présentées, hors concours. "Cette présentation m'avait beaucoup intéressé". Les renseignements et les contacts, pris à cette occasion, ont débouché sur un achat de cinq génisses en Allemagne. "L'une d'elles, forte laitière et très bonne en morphologie, a été collectée à deux reprises. Elle a produit une cinquantaine d'embryons". Ses filles sont, en grande partie, à l'origine du troupeau actuel.
La première IA trente jours après vêlage
Les 400 000 litres de quota sont désormais produits par une cinquantaine de Simmental ou de croisées, en voie d'absorption. Les laitières disposent d'une surface accessible importante. La part de maïs est réduite à 25% dans la ration. "Les vaches valorisent bien les fourrages. Elles ne consomment que 650 kilos de concentré dans l'année". Les 6800 kilos de lait par vache, livrés à la laiterie, à 42,6 et 34,8 (7600 kilos/vache au contrôle laitier dont 7000 kgs sans concentré), découlent d'une ration à base de maïs, d'ensilage d'herbe et de concentré en hiver et d'herbe pâturée, de foin et de deux kilos de maïs grain en été. Le silo de maïs fourrage est fermé de la mi-avril à la mi-septembre. Le chargement est de 1,8 UGB par hectare. Le taux de fécondité est satisfaisant. L'intervalle de vêlages est de 355 jours. "J'insémine très tôt, dès 30 jours après vêlage. Le taux de réussite est de 72% en première insémination (1,4 paillette/vache)".
Classées R=, en moyenne, à la réforme
Toutes les génisses sont élevées. Nourries à l'herbe, (foin, ensilage, pâture), et au concentré (céréales), elles vêlent vers 30 mois. "Les primipares démarrent en moyenne à 22 kilos et maintiennent leur production sur la durée de la lactation. Il faut être patient quand on change de race", prévient Stéphane. "Par rapport aux Holsteins, la production des primipares est bien moindre. Elles se rattrapent sur les autres lactations (35 kilos au démarrage pour les multipares)". Globalement, dans un système de production relativement extensif, la Simmental produit 500 kilos de lait de moins qu'une race spécialisée, selon l'éleveur. "Il faut compter 2 points de TP en plus". À l'avantage de la race, il convient d'ajouter le prix des veaux mâles (245 euros de moyenne sur les douze derniers mois), le prix des réformes, classées R=, après un mois de finition. "La prise de poids est rapide dès le tarissement". Ces différents atouts ont permis de dégager une marge de 322 euros par mille litres sur le dernier exercice comptable. Au rayon des inconvénients, l'éleveur note une faiblesse relative des aplombs. L'élevage des veaux, contrairement à certains préjugés, ne pose pas de problèmes. "Ils tètent leur mère pendant les premiers jours, avant la traite, et disposent ensuite de seaux à tétines".
En concours national au Space 2009
Les index de production laitière et la qualité de la mamelle sont privilégiés au niveau de la sélection. "J'accorde également une attention particulière au développement et à la musculature". La fertilité et les cellules ne sont pas un souci sur l'élevage. 95% des vaches sont à moins de 300 000 cellules. Adhérent à l'Upra, Stéphane Le Bozec participe à l'effort de sélection de la race. "Je fais du testage et j'ai actuellement une vache retenue comme mère à taureaux". Une quinzaine de taureaux seulement sont testés en France chaque année. Les éleveurs bénéficient cependant du travail réalisé en Allemagne et en Autriche. "Je regarde les index sur internet et je commande des doses des taureaux de mon choix". Une quarantaine de Simmental des différentes régions françaises seront en concours au Space 2009. Stéphane y présentera Ursuline, le plus beau fleuron de l'élevage, avec l'espoir de séduire d'autres éleveurs de l'Ouest.
Bernard Laurent
Légende : La Simmental porte une robe pie-rouge avec des taches rouge clair, voire blondes, qui couvrent presque la totalité des flancs et du dos. La tête, le ventre et les pattes sont généralement blancs. L'assemblée générale du syndicat de l'Ouest a eu lieu le 26 mars à Le Croisty.
Une douzaine d'éleveurs en Morbihan
La race est originaire de Suisse. À plusieurs reprises, les instances agricoles ont souhaité fusionner la Simmental avec sa cousine Montbéliarde. Face au refus des éleveurs Montbéliards et à l'apport de semence de Simmental suisse et de Fleckvieh allemande, le nom international « simmental » a été donné à la race. Initialement élevée en Franche-Comté, elle se développe au sud du Massif central (Aveyron). Ses effectifs atteignent 30 000 animaux en France.
La race est classée mixte. Elle produit 5800 kg de lait par lactation, en moyenne, au taux butyreux de 4 % et au taux protéique de 3,3 %. Elle participe à l'élaboration des fromages AOC : Comté, Mont d'or, Morbier et Bleu de Gex en Franche-Comté, et laguiole dans le Massif central.
En Bretagne, la race est peu représentée. Le Morbihan est le département breton qui compte le plus de vaches contrôlées: une douzaine d'éleveurs ont des Simmental dans leurs troupeaux.