
Nous avons créé le Gaec de Kervezen en 1995. Au départ, nous avions 50 ha, et nous en sommes aujourd’hui à 150. Nous produisons du plant de pomme de terre sur 90 ha. Il faut de la surface, car nous devons respecter une rotation de 4 ans après chaque culture de plant » déclare André Donval. Le Gaec compte aujourd’hui deux associés et cinq UTH avec un atelier de 40 vaches allaitantes qui complète les productions végétales.
Au début de leur activité, les frères Donval étaient producteurs-vendeurs et travaillaient avec des variétés libres. « Pour avoir accès aux nouvelles variétés hybrides créées notamment à la station expérimentale de Kerloï à Ploudaniel, il nous fallait une structure commerciale. Nous avons donc créé Elorn Plants qui compte aujourd’hui 11 producteurs associés et cinq exploitations. Nous produisons 15000 tonnes de plants par an et exportons vers 20 pays » explique l’agriculteur. Elorn Plants présente sa candidature tous les ans en vue d’obtenir une nouvelle variété auprès de Bretagne Plants.
Elodie
Chaque variété originale n’est attribuée qu’une fois. « C’est à la fois un investissement et un pari car toutes les variétés ne marchent pas forcément. A nous de confirmer les essais réalisés en station. Si c’est positif, nous devons ensuite les inscrire au catalogue national deux ou trois ans après l’attribution » commente André. Sur les 7 ou 8 variétés attribuées à Elorn Plants depuis le début, deux ou trois seulement fonctionnent très bien. « Nous produisons beaucoup d’Elodie, dont 8000 tonnes sont parties à l’export en 2008, notamment en Espagne. Mais nous essayons de diversifier notre gamme avec une variété à chair ferme, la Galante, pour l’Europe du Nord, une variété destinée à la transformation pour la Turquie ou l’Egypte par exemple… Nous produisons également du plant issu de variétés libres comme la Nicola ou la Spunta. »
André Donval, également vice-président de Bretagne Plants, connaît bien le marché. « Avec des variétés libres, on ne peut pas fidéliser la clientèle et on subit les aléas du marché. Avec des variétés protégées, c’est tout le contraire : ça permet d’éviter les fluctuations et d’engager une relation dans la durée avec le client. »
Palettiseur
Et pour fidéliser la main d’oeuvre au sein de l’exploitation, les associés du Gaec ont fait le choix de la mécanisation dès 1995. Le premier palettiseur qui constitue une vraie révolution dans le secteur est arrivée en 2003. « Auparavant, la main d’œuvre était un frein à notre développement, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Les conditions de travail se sont bien améliorées » affirme André. Pour accompagner l’essor de l’exploitation, les frères Donval ont dû investir de la production au conditionnement. « Vu notre volume de production, il n’est pas envisageable de partager le matériel, nous avons donc besoin de tout le nécessaire pour la plantation et la récolte au champ mais aussi pour le conditionnement : les frigos ou les cellules ventilées, les pallox, la calibreuse, le palettiseur, le tamisage… Par contre pour un producteur qui veut se lancer dans le plant comme culture de complément, il peut tout à fait envisager de sous-traiter une partie du travail comme le conditionnement, par exemple. Cela peut intéresser des producteurs en place pour optimiser leurs outils. Il est aussi possible de partager le matériel » complète André Donval.
En France et à l’export
Côté gestion, Michel Tourbot de Cogedis qui suit le Gaec attire l’attention sur le fait qu’il faut absolument raisonner les investissements avant de se lancer. « Les producteurs de plants sont de vrais fonceurs, il faut parfois les modérer… Il est aussi important de travailler à la fois avec la France et l’export, cela permet de sécuriser l’activité sur deux marchés. Enfin, il faut savoir que la trésorerie d’une telle exploitation peut être tendue au printemps car c’est le moment où il faut acheter les intrants, mais les plants vendus n’ont pas encore été payés… Donc, il est préférable d’avoir une production complémentaire. Je dirais aussi qu’il vaut mieux être bien entouré avant de se lancer » conseille-t-il.
Tout cela n’empêche pas André Donval d’être confiant dans l’avenir et satisfait du chemin accompli. « C’est vrai qu’il vaut mieux être passionné pour faire du plant, mais c’est une production où l’on est libre d’entreprendre. Pour nous, ça a été très enrichissant d’être rentré dans une démarche complète depuis la production jusqu’à la commercialisation. On sait qui plante nos pommes de terre à l’autre bout du monde, et ça c’est très motivant pour produire des plants de qualité. »
Guy Lemercier
Cogedis
Légende :De gauche à droite : René et André Donval, les deux frères du Gaec de Kervézen. En arrière-plan, le palettiseur qui permet de conditionner sans effort.
Gaec de Kervézen
- 2 associés : André et René
- 5 UTH
- 150 ha dont 90 de plants
Elorn Plants
•11 associés + des producteurs sous contrats
•2 salariés
•Production annuelle : 15000 tonnes
•Exportations vers 20 pays
•Transport à partir de Roscoff