
Nous sommes en train de vivre une évolution structurelle, pas une révolution culturelle, avec la même envie : celle de réussir ensemble", annonçait Didier Yon, président de la section bovine de Coopagri, jeudi 19 en préambule du débat qui allait réunir plusieurs responsables de Bigard et de Socopa. Une façon de rassurer adhérents comme partenaires sur le rapprochement des deux structures. Entériné depuis le 2 mars par la DGCCRF, ce dernier a beaucoup fait parler de lui ces derniers temps, notamment compte tenu de sa rapidité de mise en place.
Recherche de rentabilité pérenne
Du côté des raisons, elles sont à la fois stratégiques et financières. "Ces deux dernières années, Socopa a enregistré un résultat négatif, notamment suite aux difficultés du marché du steack haché qui représente une part très importante de l'activité de la structure. Il fallait prendre une décision. En vue de la recherche d'une rentabilité pérenne, le rapprochement avec Bigard s'est imposé car il existe une bonne correspondance, entre nos entités, en terme d'implantations", a explicité Denis Manac'h, président de Coopagri Bretagne. Quant au choix d'un partenaire privé plutôt que coopératif : "tous les rapprochements ou fusions que nous opérons cette année se font avec des privés. Si nous l'avons fait, c'est que nous avions confiance".
Bigard, de son côté, recherchait des moyens de "faire de la masse, tout en restant réactif, dans un contexte de filière complètement atomisée, comme l'a expliqué Bernard Tréguer, directeur général adjoint du groupe. Or, être partenaires, c'est mieux quand on est à peu près égaux".
Détenu à 34 % par Socopa, le nouveau groupe Socopa Viandes sera donc en mesure d'abattre, au sein de ses 22 abattoirs, 30 000 gros bovins, 4 500 veaux et plus de 100 000 porcs/semaine. De quoi lui permettre de se hisser parmi les leaders européens, en tout cas pour la viande bovine (n°3). Pas de quoi, néanmoins, occulter la concurrence locale, tiennent à préciser les responsables, face aux accusations de prise de monopole en Bretagne. "Il reste un terrain de concurrence très fort. Notre objectif n'est pas d'écraser le maillon production, mais de le valoriser, et de peser là où l'on est. Le premier travail est commercial", a insisté Jacques Chatelier, responsable 1ère et 2ème transformation Socopa.
Optimiser les outils
Logistiquement parlant, si il est encore trop tôt pour connaître les détails de fonctionnement de la nouvelle structure, la priorité est à l'optimisation de l'existant plutôt qu'à la spécialisation des outils. Les réseaux d'achats resteront également inchangés, bien qu'avec de forts objectifs de développement. "La course aux volumes n'est plus notre priorité. L'enjeu est de trouver les tailles ad hoc des outils et de se battre pour valoriser les produits comme ils doivent être vendus", a poursuivi Jacques Chatelier.
Recherche de rentabilité à tous les niveaux, donc, pour les deux nouveaux partenaires, qui se veulent optimistes pour l'avenir. "Ce que l’on vit est plutôt de nature à donner confiance. Rien n'est gagné mais nous sommes en bonne voie. Il faut que la production soit là demain", a insisté Denis Manac'h. Fort de sa position de n°3 européen sur le secteur bovin et à la tête de trois marques commerciales (Bigard, Charal, Valtéro), le nouveau groupe pourrait, enfin, être en position de mieux discuter avec le maillon grande distribution. C'est en tout cas l'un des challenges.
Anne-Laure Lussou
Légende : C’est un message d’optimisme que le président de section Didier Yon a voulu donner à la filière.
2008, une année dans la moyenne
Au sein de la section bovine de Coopagri Bretagne, l'année 2008 s'est soldée par une collecte en baisse de 15 % pour les bovins d'élevage (4261 têtes), le commerce ayant été largement handicapé par la FCO à partir de la mi-année. Pas de quoi permettre de peser sur les prix des broutards : - 30 euros par rapport à 2007. Les prévisions sont à un rééquilibrage à la hausse pour 2009. Côté bovins de boucherie, les abattages ont progressé de près de 3 % à 34 824 têtes. "Satisfaisant, ce résultat masque en réalité une évolution très irrégulière durant l'exercice", notent les responsables. Fin d'année très difficile pour les femelles en effet, suite à un afflux important de réformes à partir du second semestre. En a découlé un plongeon des prix, d'où une moyenne annuelle à 2,41 euros. Année plus sereine pour les JB. En race à viande, le marché n'a que très peu marqué la baisse saisonnière d'été : la moyenne annuelle, à 3,30 euros, a gagné 17 centimes. En JB laitier de type Prim'Holstein P+ O-, la moyenne s'est établie à 2,67 euros à + 7 centimes. "Attention néanmoins aux résultats techniques, a soulevé Didier Yon, des marges de progrès existent."