
C’est comme ça. Il y a les éleveurs qui, toute leur vie, essaient sans jamais parvenir de sortir un taureau qui fera date dans le monde de l’insémination animale. Et puis, il y a les autres qui se laissent guider par la veine de la génétique et qui sortent le bon numéro à la première combinaison.
Marie-Josée et Jean-Luc Yaouanc, éleveurs à Tourc’h, font partie de cette deuxième catégorie. La première indexation Normande de l’année 2009 les propulse au rang des naisseurs du N° 1 de la race. « Nous n’avons fait que suivre les conseils d’accouplement du GNA, le schéma de sélection de la race », disent-ils avec modestie. Et de citer l’anecdote qui, après coup, peut paraître prédictive : « Sur l’exploitation, il s’agissait du premier mâle Normand né d’une mère à taureau. Nous l’avions appelé Unan, de premier (un) en breton. Aujourd’hui, il est premier de sa race, mais rebaptisé Uvray ».
Achat de 46 génisses en 2000
L’histoire de la Normande sur cet élevage débute par un repeuplement total en 2000. « Nous étions en Holstein. Suite à l’abattage du troupeau, nous avons choisi de changer de conduite pour nous orienter vers un système herbe, avec production de protéines avec de la féverole. Objectif : valoriser la ration de base et tendre vers l’autonomie ».
C’est dans cette optique que 46 génisses, majoritairement sélectionnées par Philippe Leblanc, du groupement Synergie Normande, débarquent sur l’exploitation. « À l’époque, nous les avions achetées sur vidéo, ce qui évitait de passer plusieurs journées à faire le tour des fermes », racontent les éleveurs. « Le prix moyen avoisinait les 1200-1400 euros. Tout en sachant qu’il nous fallait plus d’animaux pour faire le quota comparativement à nos Holstein conduites en système plus intensif ».
Parmi ces génisses achetées figurait une certaine Oraison, pleine du taureau Idris, qui donnera naissance à Solange. « C’était la deuxième femelle née sur l’élevage », se rappellent Marie-Josée et Jean-Luc. Solange, un veau qui se transformera en beau standard de la race, puisque notée 87 points dont 8/9 en mamelle et 7/9 en squelette. « Des qualités qu’elle hérite en partie de sa mère notée 84 points, avec une note de 7/9 en format et de 7/9 en mamelle. Cette souche maternelle présente de grosses qualités en morphologie ; l’accouplement avec Lovia, géniteur intéressant en production et santé de la mamelle, s’est avéré très complémentaire », précise Thierry Nicollas, responsable du programme Normand à Créavia.
Inscrit à l’Upra dès le début, cet élevage recherche davantage les taux que la production laitière en tant que telle. « Nous regardons beaucoup les aplombs », indiquent encore les éleveurs, avant de citer quelques taureaux qui ont marqué le troupeau ces 9 dernières années : Nivéa, Primate,Traban. « Aujourd’hui, nous utilisons, entre autres, du Saintyorre, ainsi que du Redondo sexé ».
18 €/1 000 litres de concentré
Près d’une dizaine d’années après avoir changé de race, les éleveurs ont appris à apprécier les qualités de la Normande. « Elle valorise bien les rations à base d’herbe, ce qui nous a permis de diminuer la part de maïs ». Avec en contrepartie une production moins élevée qu’avec l’ancien troupeau noir. « Lors de la dernière campagne, les vaches ont produit 6 147 kg de lait brut à 48 de TB et 34,5 de TP (moyenne de la race sur 3 départements bretons 22, 29 et 35 = 6 100 kg). Une production réalisée avec 92 g/L de concentrés, soit un coût moyen de 18 euros/1 000 L ».
Outre ces éléments relatifs à la production laitière, les éleveurs mentionnent également l’aspect positif en reproduction. « Sur la dernière campagne, le taux de réussite était de 63 % en 1ère IA sur vaches. Avec un intervalle vêlage-vêlage de 374 jours ».
Didier Le Du
Légende : Inscrit à l’Upra dès sa constitution, le troupeau de Marie-Jo et Jean-Luc Yaouanc compte plusieurs mères à taureaux.