
L'agriculteur est-il encore maître chez lui ?", se sont demandés les participants à l'assemblée générale de la FDSEA d'Ille-et-Vilaine qui a eu lieu le 12 mars à Chanteloup. Une problématique introduite sur un ton provocateur, en réponse aux inquiétudes des agriculteurs qui voient s'éloigner la maîtrise des paramètres de leur exploitation. Dans un contexte bouleversé (succession de crises, désengagement des pouvoirs publics), les exploitants souhaitent reprendre les commandes. C'est un objectif qui est largement ressorti dans les réunions cantonales conduites par la FDSEA l'hiver dernier.
Connaître ses coûts de production
"Pour rester maître de ses choix, l'agriculteur doit être technicien et agronome, gestionnaire et décisionnaire, informé et responsable", synthétise René Collin, président de la FDSEA. "Dans le passé, nous avons eu tendance à déléguer des tâches importantes pour la gestion de l'exploitation. Aujourd'hui, l'agriculteur doit regarder de près les documents administratifs (PPF, cahier ferti, Pac…) et la comptabilité, qui l'aident à analyser. Il doit aussi être plus réactif par rapport aux marchés, pour éviter de perdre la valeur de ses produits", propose Thierry Moreau.
Il évoque le besoin de davantage de transparence dans les différents maillons des filières. Nathalie Marchand souligne l'importance pour le producteur de connaître son coût de production à titre individuel. "Il est par contre crucial que nos chiffres ne soient pas donnés en pâture", avec à la clé une baisse des prix de vente. Les élus de la FDSEA se prononcent pour "le développement d'interprofessions. Elles confortent un rapport de force entre producteurs et autres acteurs". Ils veulent aussi être force de proposition pour inventer des méthodes et des outils de contractualisation (collective), afin de maintenir une garantie de prix.
Un rôle actif et des capitaux dans l'aval
Intervenant à l'assemblée générale, Xavier Beulin, vice-président de la FNSEA, a déclaré : "Les éleveurs doivent avoir l'ambition de jouer un rôle actif dans les filières, de participer à leur stratégie, d'y investir des capitaux. Pourquoi ne pas devenir co-actionnaires de nos outils coopératifs ?" Il donne en exemple la création de la filière oléagineux. "Il y a 20 ans, les perspectives étaient réduites sans protection et sans marque. Les agriculteurs ont accepté de verser une cotisation conséquente pour structurer la filière qui aujourd'hui fonctionne".
Le syndicaliste exprime par ailleurs sa volonté de voir se rapprocher les secteurs végétaux et animaux français. "C'est un enjeu extrêmement important. La spécialisation nous a cloisonné. Aujourd'hui, il n'y a plus de ponts entre nous. Or, les productions animales représentent un débouché majeur pour les végétaux. Un schéma de filière, de contractualisation, est à renforcer dans un esprit gagnant - gagnant".
L'investissement dans la commercialisation est une orientation prise de longue date en zone légumière, avec là aussi une cotisation de la part des producteurs pour l'organisation du marché. "Selon les produits, nous adaptons le mode de vente : cadran, contrats… La connaissance du marché prime", détaille Pierrick Gauvin, président de Terres de Saint-Malo. Testée en 2008 par les légumiers, la concentration de l'offre sur des créneaux horaires restreints semble une autre piste prometteuse. "C'est un moyen de faire face aux distributeurs qui sont eux, très concentrés".
Agnès Cussonneau
Photo : "Les éleveurs doivent avoir l'ambition de jouer un rôle actif dans les filières", a déclaré Xavier Beulin, vice-président de la FNSEA.
Horizon 2013
Sur la Pac après 2013, Xavier Beulin déclare : "On n'évitera pas la gestion et la régulation des grands marchés agricoles". Il réaffirme la volonté de la FNSEA de trouver des outils collectifs d'assurance face à la volatilité des marchés. "Nous souhaitons que soient mises en place des assurances à ambition économique (pas seulement climatique) de type public-privé". Jean Cézard, directeur de la DDAF 35, pense que "le découplage des aides Pac va apporter des degrés de liberté nouveaux aux agriculteurs, même si la transition risque d'être difficile. Les soutiens aux prix orientaient les producteurs vers tel ou tel système", retrace-t-il.
La FDSEA 35 en chiffres
• 3 500 adhérents
• 200 syndicats communaux
• 20 sections spécialisées
• 40 administrateurs cantonaux