
Après la présentation du rapport d’orientation sur ce thème, une table ronde rassemblait notamment 3 représentants d’acteurs de la filière agricole : Georges Galardon, président adjoint de Coopagri Bretagne, Joseph Rousseau, président du Cerafel et Paul Lopez, directeur de la branche volailles du groupe Glon.
Ce débat aura d’abord permis de rappeler qu’en dépit du contexte et des velléités des opérateurs, c’est toujours la loi de l’offre et de la demande qui prime. « Même si comme l’a rappelé Georges Galardon, il existe aussi des différences dans les modes de fixation du prix entre des produits frais ou des produits stockables ». Reconnaissant le poids de la grande distribution qui a réussi à imposer les marques distributeurs (MDD). « Elles représentent aujourd’hui 75 % des ventes. Et continuent de gagner en part de marché ». La crise actuelle ne faisant qu’amplifier le phénomène, car les MDD sont aussi en général les moins chères.
Condamnés à se parler
La parade pour peser face à cette distribution toute puissante passe pour partie par un regroupement de l’offre. C’est le cas par exemple dans le secteur légumier breton qui a depuis longtemps su concentrer l’offre. « Ce qui ne nous a pas empêché de développer la marque régionale « Prince de Bretagne », souligne Joseph Rousseau. Aujourd’hui, le secteur légumier veut aller au-delà, en tentant de s’accorder avec les autres bassins du Nord et de la Normandie pour des horaires de marchés identiques. Une façon de reprendre encore un peu plus la main face aux acheteurs ».
Le secteur de la volaille de chair évolue dans un contexte encore différent. « C’est l’abatteur qui prend le 1er risque en organisant les mises en place, sans connaître précisément la rémunération de la production et encore moins le prix de vente », note Paul Lopez. Il se refuse de fustiger la Grande distribution. « Certes on doit se faire entendre, mais ils restent néanmoins nos clients et à ce titre nous nous devons aussi de les respecter. Par contre il faut un minimum de règles ». Une analyse que partagent aussi Georges Galardon et Joseph Rousseau. Ce dernier rappelle qu’après le conflit qui a opposé la production à la distribution, il a fallu du temps pour ce qu’il appelle « le travail de reconquête de la relation commerciale ». En définitive, il s’avère difficile d’entretenir de bonnes relations commerciales dans un climat conflictuel. Les opérateurs sont au moins condamnés à se parler.
Le reste du budget
Alors faut-il se plier aux exigences de la Grande distribution sans broncher. A défaut d’apporter une réponse tranchée, ce que réclament tous les opérateurs, c’est plus de transparence. « Difficile d’y aboutir à chaque étage », admet Georges Galardon. La mise en place de l’observatoire des marges, décidée il y a quelques mois, devrait théoriquement la favoriser. Mais il paraît évident que, quoi que l’on fasse, dans une économie dite libérale, « c’est toujours le rapport de force entre offre et demande qui s’imposera ». Au mieux est-il possible d’espérer quelques indicateurs et quelques règles commerciales qui permettent d’évoluer avec moins d’opacité. Quant à obtenir « une juste répartition des marges » comme le réclament les Jeunes Agriculteurs, la concentration de la distribution et l’atomisation de l’offre font qu’elle est pour le moment illusoire.
La situation actuelle, avec la crise économique et financière, ne facilite pas le travail des opérateurs commerciaux. « Le caddie, c’est le juge de paix. Et la part de l’alimentaire, c’est souvent, ce qu’il reste du budget après avoir réglé les dépenses obligatoires comme le loyer, les factures, les abonnements divers et variés (exemple la téléphonie mobile ou les abonnements internet) », explique Paul Lopez. Constatant que la baisse de la consommation est déjà engagée depuis plusieurs mois notamment sur les viandes avec
des phénomènes particuliers : « Les produits se vendent mieux les 2 premières semaines du mois ». Pas franchement rassurant pour les mois à venir alors que l’on annonce un durcissement de la crise. Au final, le marges de manœuvre s’avèrent faibles.
Pierre Dénès
Photo : Le débat animé par Nicolas Galin, animateur de la FDSEA (2e à partir de la droite), avec la participation de Georges Galardon, président adjoint de Coopagri Bretagne, Paul Lopez, directeur de la branche volailles du groupe Glon et Joseph Rousseau, président du Cerafel.
Une approche solidaire de la PAC
Evoquant le bilan de santé de la PAC, Patrice Binet estime que « les Jeunes Agriculteurs ont apporté leur contribution avec une approche solidaire ». Reconnaissant que la Bretagne allait perdre un peu, mais qu’il restait encore des marges de manœuvre pour peser sur les adaptations possibles. Il s’est aussi félicité du nombre d’installations dans le département, 140 aidées en 2008. Il estime que le nouveau parcours à l’installation allait permettre d’accompagner tous les porteurs dans la diversité des projets. Son souhait est aussi de continuer à travailler sur la communication pour promouvoir l’agriculture et les métiers. « Elle commence aux portes de nos exploitations », conclut-il.