
Le Grenelle de l’environnement s’est fixé des objectifs particulièrement ambitieux pour l’agriculture biologique. Les Français semblent aussi séduits, même si on peut légitimement s’interroger sur l’attitude des consommateurs, si la crise se durcit. A terme, il y a cependant tout lieu de penser que ce phénomène se confirmera.
L’application du cahier des charges européen, pas forcément partagé par tous les producteurs en place, peut aussi inciter des agriculteurs actuellement dans le système conventionnel avec des pratiques déjà respectueuses de l’environnement à s’y intéresser. Reste que le développement de la bio ne doit pas se faire de façon anarchique faute de quoi, certains marchés pourraient rapidement se trouver saturer.
Le secteur végétal plus délicat
Lors de cette assemblée des bio 22 rassemblés au sein du GAB d’Armor la table ronde
a permis d’appréhender quelques questions. Ainsi Michel Le Quéré, président de la section des producteurs bio de l’UCPT a mis en évidence la démarche de l’Union des coopératives. Cette section rassemble 14 producteurs dont 6 en conversion. Ils bénéficient d’un accompagnement financier de 12 000 euros avec un engagement de 7 ans. « Pour dissuader ceux qui ne seraient tentés que par l’aide ». La section fonctionne avec une certaine autonomie à partir d’une cotisation sur le produit. La production se développe doucement avec une stratégie spécifique et distincte du conventionnel, mais pas en opposition.
Démarche plus liée à une politique de filière pour l’Ufab (Union française de l’agriculture biologique), filiale de la coopérative du Gouessant. Son métier principal est la fabrication d’aliments bio, 27 000 tonnes dans une usine dédiée, principalement destinées à l’aliment des poules pondeuses. L’UFAB assure par ailleurs la collecte de céréales bio sur la Bretagne et les Pays de Loire.
Carine Maret explique que si les sollicitations en volailles et en porcs sont assez nombreuses, il faut aussi s’assurer l’approvisionnement en matières premières végétales. « Pas évident pour les céréales, car les techniques de cultures et de maîtrise des mauvaises herbes constituent un frein ». L’Ufab est pourtant prête à accompagner les projets. Tout aussi délicat l’approvisionnement en protéines. Elle suggère d’encourager la production de soja bio dans d’autres régions françaises. Plus réservée sur les protéagineux qui trouvent leurs limites dans les formulations (pas plus de 10%).
Interrogées sur le lien au sol, Carine Maret ainsi qu’Anne Jézéquel, présidente du groupement œuf alternatif du Gouessant, déclarent l’encourager sans pour autant en faire une doctrine.
Beaucoup à construire
L’expérience de Bretagne Viande Bio est encore différente, ainsi que l’a rappelé Daniel Bronsard, éleveur dans le Morbihan. Créée en 1991, l’association a depuis 2005 un statut de Sica, lui permettant d’associer les partenaires bouchers et industriels. Elle regroupe 200 producteurs, essentiellement en viande bovine, plus de 75 % des adhérents. Elle compte cependant une dizaine d’éleveurs de veaux, une quinzaine de producteurs de porcs et une dizaine d’élevage ovins. Un conseil d’administration détermine les orientations. Il s’appuie sur 4 commissions par production qui fonctionnent de façon assez autonome en concertation avec les acteurs de la filière. Une commercialisation assurée pour partie par une dizaine de points de vente en boucheries traditionnelles. Des accords existent par ailleurs avec des transformateurs (Kervern, Bioporc …) ou encore la société Unébio qui a une dimension nationale.
Au final, les problèmes des filières bio dès lors qu’elles se développent ne semblent pas plus simples à résoudre que dans le conventionnel. Et de toute évidence, il y a encore beaucoup à construire.
Pierre Dénès
Photo : Des producteurs qui s’interrogent sur l’évolution de la bio.
Le GAB d’Armor
Le Gab d’armor, à travers son équipe de salarié, propose pour différentes actions pour assurer le développement de l’agricuture biologique (accompagnements personnalisés à l’installation et la conversion, formations techniques aux agriculteurs conventionnels souhaitant transformer leur système et formations continue aux agriculteurs biologiques, développement de nouvelles filières, accompagnement dans la mise en place de repas bio dans les restaurants collectifs
(500 000 repas en 2008).
Les chiffres de la Bio dans les Cotes d’Armor
• 244 fermes
• 7775 ha en bio
• 12 nouvelles exploitations bio en 2007
• Des productions diversifiées (poules pondeuse, lait, viande, légumes)