
Nous ne sommes pas des banquiers", s'insurge Anthony Rouillé, producteur de lait, en Gaec, à Berric. "Le prélèvement des 30 €/1000 litres serait fait, selon les responsables de la coopérative, pour nous rendre service. Nos emprunts bancaires à court terme, pour financer les mises en culture, sont pourtant remboursés avec 6 à 7% d'intérêts". Chez lui, ce sont 5000 euros qui feront défaut sur le premier trimestre. Avant tout, les adhérents de la coopérative déplorent un manque de transparence. "Si nous avions eu des explications sur le report de paiement, nous n'aurions peut-être pas eu une réaction aussi vive".
Ne pas gêner la collecte
"Nous encourageons les associations d'entreprises quand il s'agit de restructurer les outils industriels. Nous voulons, par contre, casser la dynamique d'entente entre certaines d'entre elles sur la baisse du prix du lait", indique Frank Guéhénnec. La crainte du dirigeant de la FRSEAO est de voir l'ensemble des industriels s'aligner sur la position de Colaréna. Pour le moment, les responsables du syndicat ne souhaitent pas gêner la collecte. "Nous ne voulons pas entrer dans un jeu qui consisterait à monter les producteurs les uns contre les autres". Dans l'immédiat, les administrateurs de la coopérative ont été interpellés pour assouplir leur position. Le gel des intrants (appros commercialisés par la coopérative) est envisagé.
Suppléments de quota
Les 10% de droits à produire, accordés aux producteurs, suscitent l'incompréhension. "Où est l'intérêt de la filière, si le marché est déjà saturé ?". La volonté de dérégulation est manifeste, selon les producteurs contestataires. Pour Frank Guéhénnec, le nombre trop important d'entreprises industrielles sur le territoire est une raison du manque de rentabilité de la filière. "La restructuration industrielle est nécessaire". De leur côté, les producteurs n'échapperont pas, selon lui, à une remise en question de leurs propres organisations professionnelles. Le syndicat majoritaire travaille à l'élaboration d'une nouvelle organisation de producteurs.
Bernard Laurent
Photo : Des adhérents de Colaréna Presqu'île (Eurial) au Gaec des Prés à Berric.
AVIS DE
Pascal Heurtel,
Président de Colaréna Presqu'île (groupe
Eurial) et éleveur à Guéméné Penfao (44)
"L'augmentation des droits à produire de 10% conforte les trésoreries"
L'augmentation des droits à produire est une décision politique que nous assumons totalement. Nous savions, lorsque nous avons pris cette décision, que le marché allait se dégrader et que les prix allaient baisser par rapport à 2008. La baisse, à la fois du prix et des volumes, était inacceptable pour les producteurs. Le prêt de quota permet aux producteurs de garantir leurs recettes et leur revenu, de travailler dans le temps. Il serait naïf de croire que cette production supplémentaire déstabilise le marché. La surproduction vient d'ailleurs. Moins produire revient à laisser la place aux concurrents sur le marché mondial. La baisse de volume pour une petite coopérative est un non-sens.
Le transfert de paiement, du premier trimestre vers le second, a pour but d'éviter des écarts de prix trop importants entre les deux trimestres. Le prix du 2ème trimestre sera effectivement très bas. Il s'agit d'un lissage. Nous restons attaché à l'interprofession. Nous ne voulons pas entrer dans une logique de baisse de prix durable mais d'une adaptation ponctuelle de la grille de paiement. Elle est nécessaire en raison de la volatilité observée sur le marché depuis deux ans. Par ailleurs, il nous faut rentabiliser les investissements industriels lourds effectués à Herbignac et demandés par la profession pour pérenniser la filière sur une quinzaine d'années. Nos délégués nous ont récemment transmis leur confiance.