
Quelle a été la progression de l'agriculture biologique au sein de la filière Prince de Bretagne, créée il y a 10 ans ?
En 1999, la production de légumes bio Prince de Bretagne dépassait juste les 2 000 tonnes. En 2008, plus de 20 agriculteurs ont produit 6 700 tonnes. En comptant les reconversions à venir (près de 10 producteurs), le seuil des 10 000 tonnes devrait être franchi en 2010. Environ 25 légumes bio différents sont produits aujourd'hui. En 2008, l'endive, le radis noir, le chou cabus rouge et blanc sont venus étoffer la gamme, avec une réussite à la commercialisation. Toutefois, les productions majoritaires sont le chou-fleur, le brocoli et l'artichaut.
Comment la section bio du Cérafel se positionne quant au nouveau règlement européen bio, entré en application le 1er janvier dernier ?
Nous y sommes favorables, car il harmonise les règles entre les différents pays de l'Union européenne. Il ne correspond pas à une bio "bas de gamme". Des propositions et des amendements pourront être faits au fil du temps, ce cahier des charges ne doit pas être figé. C'est important d'avoir un socle commun européen. Nous ne souhaitons pas la mise en place d'un cahier des charges national qui générerait de la surréglementation et des distorsions de concurrence. Alors que la bio progresse dans les autres pays européens, ce serait dommage que la France augmente ses importations.
Et sur les semences ?
Nous voulons généraliser l'emploi de semences produites en mode agrobiologique. L'OBS (Organisation bretonne de sélection) a mis en œuvre des moyens (conversion de surfaces en bio…) pour proposer aux producteurs des semences de qualité produites selon le cahier des charges bio. Ce sont d'ailleurs les mêmes variétés qu'en conventionnel où la rusticité est également recherchée. Outre leur intérêt d'homogénéité, les variétés récentes hybrides présentent un avantage en bio : elles sont moins gourmandes en éléments fertilisants. Pour ce qui est des OGM, nous ne souhaitons pas en utiliser.
Que vous apporte le fonctionnement en groupe au sein du Cerafel ?
Nous sommes tous attachés à la gestion de marché et travaillons en lien proche avec les deux bureaux de vente de Saint-Malo et Saint-Pol-de-Léon. Le regroupement de l'offre de tous les producteurs permet d'avoir une bonne vision des quantités de produits qui arrivent sur le marché. En cas de surproduction, nous pouvons changer de débouché ou envoyer les produits à la surgélation. Par ailleurs, les prix sont mutualisés sur des produits identiques.
Le travail en groupe nous permet aussi des échanges techniques. Les producteurs sont force de proposition pour les thèmes d'expérimentation bio (rotations, saisonnalité, lutte contre les maladies et les ravageurs, nouvelles variétés, nouvelles espèces...).
Quels sont vos débouchés ?
Nous sommes davantage spécialisés sur des circuits longs et sur l'export (surtout en légumes d'hiver). Mais nous nous intéressons aussi au marché de proximité. Globalement, dans notre démarche marketing nous cherchons à nous faire connaître (site internet spécifique au bio, lettre info) et à connaître nos clients en allant à leur rencontre. Dernièrement, 20 producteurs sont allés au salon Biofach de Nuremberg (Allemagne). Une démarche riche en contacts.
Propos recueillis par Agnès Cussonneau
Photo : Jean-Jacques Le Bris, Président de la section bio du Cérafel.