
Tous les intervenants invités par les Jeunes Agriculteurs s'accordent sur le fait que le revenu des agriculteurs fera l'avenir de l'agriculture finistérienne. "Sans revenu, pas d'avenir, pas de projets. Sans revenu, c'est la disparition programmée des forces cumulées de l'agriculture et de l'agroalimentaire", a résumé Jean-Marie Mingam, président de JA 29, lors du débat centré sur la politique agricole française. Débat organisé, vendredi dernier, dans le cadre de l'assemblée générale du syndicat.
Compter d'abord sur soi
Les attentes claires ne garantissent pas pour autant les résultats. "La moitié du revenu d'un producteur de lait provient des aides Pac", rappelle Guy Le Bars, président du groupe Even, qui indirectement pose la question du devenir de la Pac. "L'enjeu se situe après 2013. Il faudra apprendre à vivre sans aides", accorde André Sergent, vice-président de la Chambre d'agriculture. Sans oublier l'OMC qui, actuellement mise en sommeil, devrait être à nouveau réveillée. Avec des conséquences évidentes pour l'agriculture qui pourrait être sacrifiée au profit d'autres secteurs.
Dans ce contexte mouvant et incertain, les agriculteurs doivent donc prendre leur avenir en main. "Je ne compte sur aucune structure agricole nationale pour défendre notre région", dit d'ailleurs Jean-François Jacob, secrétaire général de la Sica de Saint-Pol-de-Léon, avant de regretter la surdité des hommes politiques aux requêtes agricoles. "Il est temps que les élus prennent conscience que l'agriculture a un savoir-faire économique".
Pour maintenir le rang d'une agriculture dynamique, G. le Bars prône l'innovation. "Les GMS se sont adaptées en se concentrant. À nous de nous organiser". S'adapter commercialement – l'exemple de Laïta va dans ce sens –, mais aussi technologiquement – repas hors domicile, repas pratiques, etc. – sont des voies citées. "Avec cet objectif final de remonter une part de la valeur ajoutée vers nos adhérents". Ce qui suppose de "garder les outils industriels sur les territoires", prévient Carole Doré, vice-présidente de JA national, qui n'exclut pas le risque de délocalisation de l'agriculture particulièrement fort dans certaines régions.
L'avenir de l'agriculture dépendra également de "la compétitivité des exploitations et donc de leur capacité à évoluer, à investir dans les nouvelles technologies", ajoute A. Sergent, tout en soutenant "la nécessité de conserver des structures d'exploitation à capitaux familiaux".
Inventer une autre régulation
Produire et fabriquer les produits attendus par le marché ne suffit malheureusement pas. Pour le Finistère, éloigné des centres de consommation, le transport est un enjeu majeur. D'autant que l'exportation concerne toutes les productions : 40 % en lait, 70 % en chou-fleur, etc. Et Jean-François Jacob de marteler : "Borloo ne mettra pas de taxe sur la Bretagne. Nous avons déjà suffisamment de handicaps". Et de prendre l'exemple du chou-fleur : "Avec 50 ct de coût de transport par tête pour atteindre l'Allemagne, nous sommes déjà hors course. Sans compter que nous avons du mal à trouver des transporteurs. Actuellement, nous manquons 10-11 jours de camion par an pour transporter nos produits".
L'autre interrogation con-cerne la capacité de l'agriculture bretonne à affronter une économie complètement libéralisée, consécutive à la suppression progressive des politiques publiques. Pour G. Le Bars, "il faut envisager une autre régulation". Qu'on l'appelle contractualisation ou régulation, la maîtrise des volumes apparaît essentielle pour préserver les outils et les revenus. Aujourd'hui, ces termes ne sont plus des gros mots. Même les Jeunes Agriculteurs du Finistère réclament de "nouveaux outils" face aux "marchés qui se retournent rapidement". En ces temps d'incertitude, les certitudes d'antan vacillent. Jusqu'à l'orientation des exploitations qui s'invite au débat : "Je m'aperçois que les structures agricoles grossissent et que les revenus baissent ", alerte Claude Guisquet, ancien président de JA 29.
Didier Le Du
Photo :Les intervenants au débat (de gauche à droite) : André Sergent, Chambre d’agriculture ; Guy le Bars, Even ; Carole Doré, JA National ; Jean-François Jacob, Sica Saint-Pol.
Un marché européen du légume
Alors que les productions laitière, porcine et bovine optent pour la concentration des outils de l'aval au niveau régional et national, le légume de plein champ réfléchit à la construction du 1er marché européen du légume. Cette nouvelle entité réunirait la Bretagne Nord (Sica, UCPT, Terre de Saint-Malo), les Normands, les Belges, les Hollandais… Pour les producteurs de ces territoires, il s'agit de concentrer l'offre de produits, au travers d’un marché au cadran simultané. Une réponse à la grande distribution "qui l'a fait avant nous", commente Jean-François Jacob, secrétaire général de la Sica.