En 2008, la conjoncture a été au cœur de nos discussions", souligne Jean Quennemet, président d'Armor Œufs. "Neuf mois sur 12, les prix de vente des œufs ont été inférieurs aux prix de revient, de l'ordre de 0,10 ct/kg d'œufs". Pour rééquilibrer le marché, le groupement a décidé de procéder à des réformes anticipées sur la période la plus critique, du 15 avril au 15 septembre.
"Avec 5 % de réduction de la production, les opérations de stockage privé ont été évitées et les cours se sont redressés". Depuis fin 2008, les volumes se sont rééquilibrés, grâce notamment à la reprise d'un intervenant français par des groupes étrangers.
Des choix différents en Europe
Les normes bien-être doivent s'appliquer à tous les élevages en 2012. Sur le plan européen, il semble difficile d'avoir une position commune. "Les pays du Nord (Pays Bas et Allemagne) s'orientent principalement vers les volières, au dépend des cages 2012, mais, les matériels diffèrent d'un élevage à l'autre", explique Armel Le Beller, directeur du groupement. En Espagne, le seul modèle de production reste la cage. À chaque zone européenne, ses coutumes. "En France, il existe peu de volières, mais, nous constatons une progression des œufs issus d'élevage de plein air".
Comment coller au mieux à l'évolution de la demande ? L'œuf alternatif va-t-il remplacer massivement l'œuf en cage ? Des questions que se posent les éleveurs confrontés à la mise aux normes bien-être. Olivier Athimon, directeur de la filière œufs de Glon, a apporté quelques réponses. Avec 14,5 % de part de marché, son groupe est l'un des leaders français de l'oeuf.
Trois circuits
La production française est écoulée vers trois circuits : un tiers est vendu en GMS, un tiers en restauration hors domicile et un tiers dans les industries agro-alimentaires. Il faut tenir compte de ces trois circuits pour apprécier l’évolution de la demande.
"Dans le créneau des œufs à destination des industries agro-alimentaires, la part de l'œuf alternatif est aujourd'hui inférieure à 3 %", souligne Olivier Athimon. Elle pourrait, à terme, se rapprocher au maximum de 10 %. "Nous sommes par exemple leader pour approvisionner les fabricants d'entremets. Nous devons répondre à des cahiers des charges très stricts au niveau bactériologique et nous n'acceptons que des œufs produits en cage". De même, le prix est la principale préoccupation d'un traiteur qui achète des jaunes d'œufs. "Pour les besoins de l'industrie, on n'observera pas d'évolution forte vers l'œuf de plein air", déclare Olivier Athimon.
Dans la restauration collective, on communique surtout sur la saveur d'un plat et non sur l'origine des œufs qu'il contient. "Malgré la volonté du Gouvernement d'aller vers 20 % de produits bio dans les cantines scolaires, nous ne constatons pas actuellement d'augmentation de la demande en œufs label ou bio. Dans ce créneau de la RHD, l'œuf en cage représente encore 95 % de la demande".
L'alternatif en grande surface
La grande distribution représente le troisième circuit de vente et les quantités progressent (+ 2 % en 2008). Comment se répartissent les ventes d'œufs coquille ? Actuellement 71 % des ventes correspondent à des œufs produits en cage, 21 % à des œufs label ou plein air et 6,4 % à des œufs bio. "Le label et le bio progressent de 12 à 14 % par an alors que la vente d'œufs standards baisse de 1,3 %", confie Olivier Athimon.
"Sur ce créneau spécifique de l'œuf coquille, le label, le plein air et le bio continueront à se développer mais il n'y aura pas de renversement brutal du marché". La stratégie des hard-discounts est par contre plus difficile à cerner. "Ils peuvent être tentés par les importations ou par des coups tactiques de communication, privilégiant tel ou tel type d'œufs, par périodes". La vente en GMS ne représente qu'un tiers du marché global. Les industries agro-alimentaires et la RHD resteront fortement demandeuses d'œufs produits en cage.
Patrick Bégos
Troisième révision de la réglementation "salmonelles"
Après mars 2007 et février 2008, la DGAL a fait paraître, en janvier 2009, une troisième révision des arrêtés salmonelles. "Les producteurs, au travers de la section œufs de l'UGPVB, se sont mobilisés sur ce dossier", précise Roland Burban, vice-président d’Armor Œufs. Trois points de désaccord subsistent :
- le marquage individuel des œufs issus d'élevages positifs Se ou St est irréalisable dans les exploitations, notamment en œufs alternatifs, alors que la pratiques des laissez-passer a fait ses preuves.
- la discrimination entre producteurs, suite à des contaminations de salmonelles, selon que la production est destinée au conditionnement ou à la casserie.
- le prélèvement d'aliment sur les sites de plus de 80 000 poules est irréalisable par les éleveurs et peut entraîner des conflits entre producteurs et fabricants d'aliments.