
Profond malaise dans la filière porcine. Il est d’autant plus palpable que malgré une baisse de la production, une consommation intérieure relativement soutenue le prix ne décolle pas. Ce qui a fait sortir les éleveurs hors de leurs gonds ces derniers jours est lié à l’attitude des abatteurs accusés de vouloir réduire les volumes d’abattage pour raréfier la production et passer des hausses en aval. Pas vraiment du goût des éleveurs. « Le risque c’est des retards d’enlèvements, une augmentation des poids et un marché qui va s’encombrer », explique Didier Lucas, responsable de la section porcine de la FDSEA, particulièrement remonté contre le maillon aval de la filière. « Les seuls comptes dans le rouge, ce sont ceux des éleveurs ».
Situation tendue et surtout beaucoup d’incertitude, car théoriquement, compte tenu de la baisse des volumes disponibles, la tendance devrait être plutôt favorable. Jean-Pierre Joly, directeur du MPB, souligne que l’Europe n’a pas enregistré une telle baisse de production depuis 1988.
Les chiffres sont effectivement éloquents. Sur l’ensemble de l’Union européenne la baisse se situerait entre 4 à 5 %. Très forte à l’Est, elle est aussi sensible sur le bassin du Nord de l’Europe (Danemark, Hollande, Allemagne), de l’ordre de 3%. La production de l’Ouest de la France se tasse un peu moins, - 1,35 % sur les 10 premières semaines de l’année. « La Bretagne résiste au niveau des volumes, par contre la situation financière continue de se tendre dans les élevages », note Jean-Pierre Joly.
Impossibles prévisions
Dans un contexte normal, le marché devrait mieux se comporter. Alors pourquoi, le cours ne remonte pas ? Certes la pression de la distribution reste forte. Les éleveurs continuent d’ailleurs de dénoncer des prix dits de fonds de rayons prohibitifs par rapport au prix à la production. « Des prix supérieurs à 8 euros alors que le prix payé au producteur est en dessous de 1,30 euros, ce n’est pas acceptable », peste Didier Lucas, conforté par la récente étude sur les prix de la revue « UFC Que Choisir ». « Le frais absorbe des gros volumes. C’est important dans le contexte actuel », notait lundi le représentant d’un grand groupe d’abattage. Tempérant ainsi l’ardeur du syndicaliste.
Il semble que la situation actuelle soit plus liée à la pression du secteur de la salaisonnerie qui ne serait pas au mieux et profiterait des difficultés à exporter pour ne pas accepter de hausses de tarifs. Mais le malaise vient également de la conjoncture économique mondiale. Jean-Pierre Joly explique que des pays au sein de l’Union européenne, - Pologne, Hongrie, République Tchèque -, ou plus à l’Est, -Russie, Ukraine-, ont subi une telle dévaluation de leurs monnaies que leurs économies sont complètement fragilisées. « Deux conséquences immédiates, une baisse de la consommation, des difficultés à obtenir les garanties bancaires de paiement pour exporter sur ces pays ».
Un contexte particulier qui interdit donc de faire des prévisions quant à une réelle reprise des cours. Elle est attendue par les éleveurs, sans doute souhaitée par les premiers opérateurs de l’aval qui savent que la pérennité de leurs approvisionnements passe aussi par la survie des élevages. La crise a assez duré pour tout le monde. Mais dans l’immédiat, personne n’ose faire de prévisions, tant il subsiste encore des incertitudes.
Pierre Dénès