
On aura sûrement connu des temps plus calmes, au sein de la filière française label Blonde d'Aquitaine. Ne partageant pas la même approche sur les stratégies à adopter pour l'avenir, structure nationale et associations de l'Ouest n'arrivent plus à parler d'une seule voix. À la base des divergences, deux éléments de nature différente : la réforme des signes d'identification de la qualité et de l'origine, entamée en 2007, d'une part, et la baisse de consommation de viande label d'autre part. En 2008, les volumes commercialisés en France ont fléchi de 15% (-10% en Bretagne, malgré un nombre d'animaux abattus en stabilité à 2298 ; prix brut éleveur : 4,48 euros/kg).
Face à cette situation crispante, les associations de l'Ouest ont bien des solutions en tête… mais elles ne semblent pas séduire le National. "Nous avons reçu plusieurs fins de non recevoir suite à nos propositions, explique Maryvonne Leffondré, présidente de l'association bretonne du label Blonde (ABBA). Or, la Bretagne apporte près de 31 % de la viande label Blond commercialisée en France. En ajoutant les Pays-de-la-Loire, Poitou-Charente et Basse-Normandie, nous représentons 60% des volumes ! Il va bien falloir que nous soyons écoutés." L'Ouest déplore, entre autres, des "dysfonctionnements" au niveau de l'ODG national (Organisme de défense et de gestion), à savoir le fait que les zones géographiques de commercialisation soient prédéfinies, ou encore des redondances entre les missions de l'ODG et celles des associations régionales.
Nouvelles marques en vue
De quoi inciter à l'action : en 2008, les associations de Bretagne, Pays-de-la-Loire, Normandie et Poitou Charente se sont, ainsi, regroupées en association interrégionale. Parmi les objectifs de la structure, la création de trois nouvelles marques en vue de doper les ventes de viande label. Dénommées "Bœuf Blonds de nos prés", "Bœuf de nos villages" et "Blonde de nos prés", ces marques sont déposées.
En revanche, et cette fois uniquement pour la Bretagne, une autre marque, baptisée "Tradipré", a obtenu son agrément. "Elle démarrera dès Pâques", annonce Maryvonne Leffondré. Propriété de l'ABBA, la marque a pour vocation d'écouler des animaux provenant d'élevages labels, mais non labellisés pour des raisons d'âge ou de poids. "Le prix payé producteur sera établi en concordance avec la grille de prix du label (mêmes modalités de cotisations). L'objectif est d'offrir un service supplémentaire aux éleveurs et de valoriser au maximum leur production, c'est-à-dire une viande de qualité", s'expliquent Maryvonne Leffondré et Marcel Courtas, qui suit le dossier depuis la Chambre régionale des métiers.
Des incertitudes
Si les objectifs sont clairs et louables, reste à savoir quel sera l'accueil de cette ou de ces nouvelles marques, par la filière d'une part, et par les consommateurs d'autre part. Ces derniers se perdent déjà facilement dans le dédale de l'offre de produits de qualité actuelle. "Nous ne savons pas encore quel sera l'impact de la démarche. Mais dans la situation actuelle, nous ne pouvons pas rester les bras croisés, d'autant plus que nous voyons d'autres démarches qualité venir nous faire concurrence, justifie la présidente. L'ABBA régionale reste optimiste et poursuit, avant tout, son travail de valorisation de la production de ses éleveurs."
Anne-Laure Lussou
Parmi les dernières actualités en date au sein du label Blond, la distinction du boucher de l'hypermarché Leclerc Lannion, durant le Salon de l'agriculture, au vu du volume commercialisé et de ses 5 ans d'adhésion en label Boeuf de Paysan.
Photo : Stéphanie Jouan et Maryvonne Leffondré, animatrice et présidente de l'ABBA, et les deux intervenants à l'AG du
5 mars : Marcel Courtas, de la Chambre régionale des métiers, et Raymond Barré, de la Chambre d'agriculture 29.
Un immuable besoin de qualité
Si l'organisation de la filière connaît des mutations, il y a une chose qui ne change pas : c'est la nécessité, pour les éleveurs, de fournir de la qualité, à commencer par une bonne conformation. "Elle est en train de s'améliorer, a félicité Raymond Barré, de la Chambre d'agriculture 29. En 2008, 22 % des carcasses se sont classées R+, 35 % U-, 34 % U = et 4 % U+. En 2005, 32 % des carcasses étaient R+." Or, une bonne conformation est payante : le rendement (vif/carcasse) passe ainsi de 58 à 61-63 % entre un JB classé R et un JB E. Comment améliorer encore la donne ? Raymond Barré propose un pacte en 4 points : "Le premier est le sanitaire : il paraît difficile de se passer de protocole paratuberculose de nos jours. Le deuxième est de travailler sur la génétique. Le troisième est l'alimentation dans le jeune âge, avec pour objectif d'atteindre 50 % du poids adulte à un an. Le quatrième est la finition : il faut prendre le temps de conduire l'animal à son optimum de poids, de conformation et… de prix."