
Traire deux fois le matin, à 6 h et à 11 h. Ou traire à 8 h et 13 h. Pourquoi pas. Trois essais réalisés par l’Inra et l’Enita de Clermont-Ferrand ont montré que l’on peut réduire à 5 heures l’intervalle entre deux traites. Une bonne nouvelle pour les producteurs de lait qui en ont marre des journées à rallonge. Que les adeptes des néons se rassurent : ils peuvent continuer à traire la nuit, puisque l’on sait aussi qu’il n’y a pas de perte de lait pour des intervalles allant jusqu’à 16 h. Qui a dit que la production laitière était une production rigide ? La vache est bien plus souple qu’on le dit.
Réorganiser sa journée de travail
La possibilité de réduire l’intervalle entre deux traites ne lève pas l’astreinte biquotidienne liée à cette production. En revanche, elle permet sacrément de revoir l’organisation de sa journée de travail. Et d’envisager une vie privée compatible avec le modèle citadin qui domine nos sociétés : s’occuper des enfants avant et après l’école, aller à un entraînement sportif, ou tout simplement pouvoir enfiler ses chaussons à une heure raisonnable, etc. « Le choix de revoir les horaires de traite peut également simplifier l’embauche d’un salarié », évoque Dominique Pomiès, chercheur à l’Inra.
« Cette conduite de la traite peut être mise en place du jour au lendemain, sans préparation particulière », poursuit le chercheur. « La baisse de production est cependant plus marquée avec des animaux en début de lactation. Il est préférable que toutes les vaches soient à plus de 6-8 semaines du vêlage afin de réduire l’impact économique global sur le troupeau ».
Cette pratique est réversible d’un jour à l’autre, sans effet rémanent pour la suite de la lactation, et ne nécessite pas de modification du système d’élevage. Ce qui signifie que l’on peut adopter des horaires différents en été et en hiver, par exemple.
Plus difficile en système pâturant
« La technique de deux traites rapprochées peut toutefois être difficile à mettre en œuvre avec le pâturage ». Les vaches menées en prairie reviendront difficilement à la barrière au bout de 5 heures ; sans compter que, selon l’éloignement des parcelles, l’éleveur aura l’impression de passer sa demi-journée à conduire ses vaches au champ et à aller les chercher.
Le problème de détection des chaleurs est également soulevé dans la mesure où 50% des chaleurs sont vues après la traite. Avec deux traites rapprochées, il serait donc conseillé de prévoir une surveillance du troupeau en fin de journée.
Au-delà de ces aspects pratiques, les responsables de l’étude n’ont pas noté de différence d’ingestion, de poids et de note d’état corporel, même après 20 semaines d’essai.
Cette pratique suppose toutefois un bon état sanitaire des mamelles. Autrement dit attention au risque de mammites chez les vaches qui ont des comptages cellulaires élevés. « Cette conduite ne modifie pas le TB et le TP du lait de la journée. Elle accroît cependant le rapport TB/TP du lait trait le soir », ajoute Dominique Pomiès.
Didier Le Du
Essai sur Holsteins et Montbéliardes
Les essais mis en place à l’unité expérimentale des Monts d’Auvergne ont été conduits sur un troupeau de 83 vaches Holstein et Montbéliard divisé en 11 lots. Ils visaient à mesurer la variation de production laitière liée à des intervalles de plus en plus courts entre les traites de la journée (de 11 heures à 0 pour la monotraite). Un essai « intervalle de 5 heures », conduit pendant 18 semaines, a notamment concerné un lot de 35 vaches. « La perte de production est restée modérée » : - 5 % en phase descendante de lactation ; - 10 % si la technique est appliquée dès le vêlage.