
Nous avons besoin de renouveler les exploitants agricoles en Ille-et-Vilaine, pour l'emploi, et pour l'équilibre environnemental du département. Il nous faut même encourager les jeunes à aller se former dans l'agriculture", a formulé Jean Daubigny, préfet d'Ille-et-Vilaine et de Bretagne, lors de l'assemblée générale départementale des Jeunes Agriculteurs (JA), le 27 février à Rennes. Le syndicat a mis en lumière les difficultés rencontrées par les jeunes à l'installation, ainsi que des solutions qui pourraient venir y répondre.
Maîtriser son projet
Dans un contexte de marché chahuté et des incertitudes concernant les aides de la Pac, les JA soulignent la nécessité de maîtriser son projet d'installation. "Les études économiques prévisionnelles deviennent incertaines. La finalité du parcours à l'installation, c'est désormais l'acquisition et la maîtrise d'une méthode dont le jeune pourra se servir en fonction du contexte qui évoluera". Parmi les paramètres à bien réfléchir avant de s'installer, les jeunes évoquent le coût de reprise qui ne cesse d'augmenter.
Pour sécuriser le revenu, les JA sont attachés à des outils tels que les interprofessions et les coopératives. "Des interprofessions fortes qui puissent intervenir sur la gestion des marchés peuvent apporter davantage de lisibilité. Aujourd'hui quand on s'installe, on s'engage sur 15 ans minimum…", précise Julien Valentin, administrateur JA national. "Les banquiers aussi ont besoin des interprofessions, pour se décider par rapport aux financements", rappelle Dominique Trubert, président de la Caisse de Crédit Mutuel Agricole 35.
JA 35 propose par ailleurs aux agriculteurs de reprendre la main en investissant dans la transformation : via les coopératives ou en utilisant des fonds d'investissements par filière. "Des capitaux doivent être mobilisés pour gérer l'agriculture. Libéraliser ce secteur remettrait en cause la sécurité alimentaire", expose Julien Valentin. "En lait, nous défendons une coordination des organisations de producteurs pour permettre l'équité de paiement entre les éleveurs", expliquent les JA 35. Sur le prix du lait, ils souhaiteraient que les jeunes exploitants soient payés au minimum à leur prix de revient pendant les premières années, par le biais d'une caisse de péréquation.
Pac : protéines végétales et herbe
Concernant la Pac, "les aides prélevées sur le premier pilier doivent permettre de soutenir le développement d'un plan protéines végétales, afin de réduire la dépendance française sur ces productions". Le syndicat souhaite également que la production d'herbe, ayant une véritable valeur économique, soit soutenue par la Pac.
Pour contrer les difficultés, les JA soulignent l'importance de se former tout au long de sa carrière. "Et de se former également pour être acteurs dans nos filières", ajoute Nathalie Macé, présidente de JA 35. Si la situation s'envenime, "il faut éviter l'isolement technique et personnel. On le rencontre souvent sur les exploitations en difficulté", souligne Fabrice Guérin, conseiller à l'Atèse (structure d'appui technique, économique et social).
Agnès Cussonneau
Photo : De gauche à droite, Jean Daubigny (préfet d'Ille-et-Vilaine et de Bretagne), Nathalie Macé (présidente de JA 35) et Julien Valentin (administrateur JA national).
Moins de gaspillage du foncier
Dans son intervention, le préfet a souligné l'importance de mieux gérer le foncier en Ille-et-Vilaine : une thématique récurrente au sein de JA. "On consomme trop de terrains pour les loisirs, les infrastructures, le reboisement… Chaque année, l'Ille-et-Vilaine perd 2 500 à 3 000 hectares de terres agricoles. Cela pèse sur les capacités d'installation", ont rappelé différents intervenants. Pour JA, une des solutions serait de permettre aux cédants, par forte incitation fiscale, de laisser des capitaux dans leur exploitation (notamment fonciers). Un fonds d'investissement en agriculture ou une incitation fiscale à la location aux jeunes sont également des idées des syndicalistes.