
Réussir son cidre n’est pas une sinécure. Qui, un jour ou l’autre, n’a pas été contraint de boire un coup de « chistr trenk » et de pousser l’hypocrisie jusqu’à dire : « Il est bon ton cidre ». Tout bonnement pour ne pas froisser le « maître cidrier » de la maison.
La section amateurs du Cidref (comité cidricole de développement et de recherches fouesnantais et finistérien) est née du constat que fabriquer un bon cidre ne s’improvise pas. Derrière ce breuvage de tradition censé épater les palais, il y a tout un savoir-faire qui se transmet… ou qui, tout simplement, s’apprend. « Quand j’ai dit à mon père de 88 ans que sa façon de faire n’était pas la meilleure, je me demandais bien qu’elle aurait été sa réaction », avoue Marie-Thérèse Quéméré, adhérente à la section amateurs du Cidref. « Finalement, il a accepté sans broncher de revoir ses méthodes ». Cet exemple illustre assez bien l’esprit de la section : accepter de remettre en cause ses pratiques pour améliorer ses fabrications.
Initiée par les professionnels
En fait, la création de cette section a été encouragée par les professionnels du cidre qui adhèrent au Cidref. « Pour l’image du produit, il est important que tous les cidres d’une région, professionnels ou non, soient bons. Car un amateur qui offre un verre de mauvais cidre à un touriste qu’il reçoit dans son gîte rural nuit à toute la filière », explique Valérie Simard, animatrice du Cidref.
C’est dans ce dessein de gravir les marches vers le bon produit que des formations sont organisées pour les amateurs. « Le cidre est très technique », poursuit l’animatrice, avant d’indiquer que chaque année de nouveaux candidats s’inscrivent à la journée d’initiation à la fabrication du cidre, organisée en octobre.
Puisque tendre vers la perfection suppose la comparaison, les amateurs organisent également chaque année des concours de cidres. « Le prochain se déroulera lors du Festival de l’élevage de Quimper », indique Alain Guichoux, président de la section, qui invite les producteurs amateurs à y participer. Histoire de se mesurer à d’autres passionnés et, pourquoi pas, pouvoir décrocher la médaille du meilleur cidrier amateur. Une véritable consécration…
Didier Le Du
Photo : Les « amateurs » utilisent des techniques de professionnels pour suivre l’évolution de leur cidre.
Le saviez-vous ?
Envie de faire du cidre ? Il faut d’abord avoir des pommes. Or, un pommier sur basse tige met 6-7 ans avant de produire ; il faut compter une dizaine d’années pour un pommier haute tige.
Pas de bon cidre sans hygiène. C’est la base. « Il faut laver les pommes, enlever les pourries » (le mythe que les pommes pourries font le meilleur cidre à la peau dure. Tout comme on n’a jamais fait de la bonne eau-de-vie avec du mauvais cidre).
Pour fabriquer une barrique de cidre artisanal (220 litres), il faut environ 500 kg de pommes.
La section amateurs du Cidref estime à un millier le nombre de producteurs amateurs finistériens qui fabriquent entre une et cinq barriques de cidre par an.