
Une cinquantaine d’éleveurs de porcs ont manifesté mardi 17 février devant un supermarché Carrefour à Paris. Ils ont exprimé leur colère contre les marges jugées abusives pratiquées par la grande distribution alors que leurs trésoreries sont au plus bas. « Entre octobre et décembre 2008, le prix payé au producteur a chuté de 10 à 15% ; dans le même temps, le prix du rôti de porc a augmenté de plus de 10% »,a indiqué Jean-Michel Serres, président de la Fédération nationale porcine (FNP).
Des élevages en redressement judiciaire
Certes, le prix de l’aliment pour porcins, calculé par l’IFIP (Institut du porc), a diminué de 4% en janvier 2009 (soit une baisse de 8e/t). Mais, dans le même temps, le prix du porc a aussi perdu 6% pour atteindre kg au marché de Plérin lundi dernier. Aujourd’hui, les éleveurs de porcs continuent de perdre plus de 10 cts par kilo de carcasse. « Il est vrai que les fins de crises sont toujours les plus dures mais la situation se dégrade très rapidement », rappelle Jean-Michel Serres. Signe des difficultés de la filière: le récent placement en redressement judiciaire par le tribunal de commerce de Brest de deux élevages dans le Nord-Finistére, dont l’un comptant plus de 1 200 truies.
Selon les experts de l’IFIP, les effets de la crise porcine se font de plus en plus ressentir dans l’Union européenne où les cheptels reproducteurs sont en baisse continue : -11% en Hongrie, -19% en Pologne, -6% en Allemagne et -5% au Danemark. Ils estiment par conséquent que cette réduction de l’offre devrait être rapidement perceptible et que les cours devraient repartir à la hausse dès le mois de février. Une prévision qui semble se confirmer puisque le cours du kg de carcasse a déjà pris plus de 5 cts depuis le début du mois de février sur le MPB. Dans un premier temps, la FNP attend toujours un geste de la Commission européenne qui pourrait activer l’outil des restitutions à l’export.
Des marges importantes
Sur le marché intérieur, les éleveurs mettent surtout en cause la grande distribution. En 2008, le coût de l’aliment porcin a augmenté de 51%, le prix de la viande payée au producteur de 4% et celui du porc frais au détail de 23%. « Le porc est un produit à forte marge pour les distributeurs, explique Jean-Michel Serres. Comme, aujourd’hui, les consommateurs n’achètent plus de bœuf et se reportent sur des viandes moins chères, la grande distribution en profite pour augmenter ses bénéfices sur le porc ». Lors de l’ouverture du Salon de l’agriculture en 2008, Nicolas Sarkozy avait souligné les difficultés de la filière porcine. « Un an après, rien n’a changé, déplore Jeff Trébaol, vice-président de la FNP et éleveur de porcs dans le Finistère, il est temps d’agir ».
Pour une meilleure répartition des marges
En quelques mois, deux documents ont apporté du poids aux revendications des éleveurs de porcs : le rapport Besson sur la formation des prix alimentaires et l’enquête de l’UFC-Que Choisir sur le prix des viandes. Les deux études pointent du doigt la déconnection entre le prix payé aux producteurs et celui affiché dans les rayons des grandes surfaces. Les éleveurs souhaitent donc que l’observatoire des prix et des marges – mis en place dans le cadre de la loi de modernisation de l’économie – soit un lieu de discussion pour convenir d’un meilleur équilibre des marges au sein de la filière. FNSEA et UFC demande la transparence sur les marges de la grande distribution.
Photo : En 2008, le prix de la viande de porc, payé au producteur, a augmenté de 4% tandis qu’au détail, l’augmentation était de 23% selon l’Ifip ( Institut du Porc).
FNSEA – UFC-Que Choisir, même combat
La FNSEA et l’UFC-Que Choisir ont adressé, le 18 février, une lettre commune aux ministres des Finances et de l’Agriculture, tutelles de l’Observatoire des prix et des marges, pour que toute la lumière soit faite sur le processus de formation des prix alimentaires. En janvier, l’UFC- Que Choisir a publié une étude confirmant l’existence d’un écart grandissant sur les 18 dernières années entre les prix agricoles et les prix en rayon des viandes de bœuf, de porc et de volaille. L’enquête montre que ces écarts se sont créés principalement à la faveur des crises sanitaires : pendant que le prix de l’animal baissait, la distribution a conservé le niveau des prix en rayon pour maintenir ses profits. Les deux organisations demandent que soit étudiée en urgence la construction des prix du lait, des fruits et légumes de saison, du jambon ainsi que des viandes fraîches et que soient quantifiées et rendues publiques les marges nettes réalisées à chaque étape de la filière et pour chaque circuit de commercialisation.