
Les trois hectares de taillis de saules cultivés sur des terres appartenant à la commune d'Hennebont sont arrivés à maturité, trois ans après leur plantation. La première coupe a été effectuée au mois de décembre dernier. "Nous avons opté pour la production de bois de saule pour alimenter la chaufferie de la piscine et pour assurer le plan d'épandage des boues de la station de traitement", déclare Gérard Perron, maire d'Hennebont. L'initiative fait partie du projet expérimental Wilwater (saule-eau), qui vise à développer les taillis de saule à très courte rotation. "Une centaine d'hectares ont été plantés en Bretagne", indique Aurélie Leplus, ingénieur chargée de mission "Cultures énergétiques" à l'association Aile. "La technique vient du nord de l'Europe. Outre la production d'énergie, elle offre des avantages en terme de protection de l'environnement: l'absorption de l'azote, la valorisation des boues d'épuration, la limitation du ruissellement des eaux et la protection de périmètres de captage". Le saule s'intègre mieux que le myscanthus dans la filière bretonne bois-énergie. Il est bien valorisé dans les petites chaufferies.
Valorisation agricole
Le choix du terrain est important. "La ressource en eau doit être importante sans que le terrain ne soit trop humide. La coupe a lieu en hiver pour éviter d'avoir des feuilles dans les plaquettes. Le sol doit être portant à cette période". Les fonds de vallée ne sont donc pas indiqués. Le cycle de la culture est de trois ans. La plantation de boutures est suivie d'une coupe en première année pour favoriser une pousse en taillis. La gestion des adventices en première année est primordiale pour obtenir de bons rendements (4 à 6 mètres de hauteur en deux ans). La récolte nécessite du matériel spécifique. "Nous devons augmenter la surface cultivée pour abaisser le coût de récolte". Une trentaine d'hectares seront de nouveau plantés en 2009 en Bretagne. La culture a une pérennité d'une vingtaine d'année.
La valorisation en agriculture est possible. Un hectare peut fournir jusqu'à 36 tonnes de matière sèche par cycle, soit 180 m3 de plaquettes (bois broyé). Le bois vendu (ou autoconsommé) à 80 €/tonne, laisse une marge nette qui ne dépasse pas 100 €/hectare, selon Aurélie Leplus. "A terme, avec des surfaces plantées plus importantes, permettant de répartir les charges fixes de récolte, ces marges pourront atteindre 400 €/hectare, sans les primes allouées aux cultures énergétiques". Le coût d'implantation restera élevé : 2 500 à 3 000 € les 15 000 boutures par hectare. Les essais du programme expérimental doivent se poursuivre pour mieux cerner les intérêts épuratoire et économique du taillis de saule.
Bernard Laurent
Photo : La récolte s'effectue en deux étapes: les tiges de saule sont coupées avant d'être broyées. La machine peut récolter 250 hectares par hiver (100 hectares implantés en Bretagne actuellement)