
L'Euro fort favorise les importations de viandes mais pénalise nos exportations. C'est peut-être l'une des raisons du creusement de notre déficit en viandes de volailles. En 2008, les importations semblent avoir été mieux maîtrisées, mais elles progressent encore de 3 %.
La réglementation européenne
La mise en place des contingents sur la viande saumurée et les préparations de dindes n'a pas entraîné les effets escomptés car les importateurs ont trouvé d'autres artifices pour contourner la taxation à taux plein applicable sur les surplus importés.
Après les volailles saumurées, le nouvel échappatoire a consisté à importer des volailles huilées et des préparations. Celles-ci, contenant entre 25 % et 57 % de viandes de volailles, entrent à tour de bras sur le marché européen en bénéficiant d'un avantage tarifaire substanciel par rapport aux découpes non élaborées. Tous les contingents à droit réduit ont été remplis (691 000 t/an) et ces produits se sont accaparés des pans entiers de l'industrie de transformation où les produits européens sont désormais exclus faute d'être compétitifs.
Plaques tournantes européennes
En 2008, la Thaïlande a renforcé sa position sur le marché européen aux dépens du Brésil. Compte tenu de la crise qui affecte le commerce mondial, les Brésiliens ont cherché à diversifier leurs débouchés à travers le monde en profitant de la forte demande. L'inversion de la conjoncture économique pourrait contribuer à rediriger les volumes vers l'Europe.
Les échanges intra-communautaires évoluent très vite entraînant des changements dans l'approvisionnement de certains circuits. L'Allemagne, les Pays-Bas et la Belgique sont devenues des plaques tournantes du marché européen par lesquelles transite l'essentiel des marchandises thaïlandaises et brésiliennes importées. Pour la Belgique et les Pays-Bas, les volumes échangés sont bien supérieurs à la production locale. La France est devenue structurellement importatrice en poulet (solde négatif de 160 000 t en 2008)
et de moins en moins excédentaire pour la dinde
(+ 57 300 t.). Notre solde commercial est déficitaire avec le Royaume-Uni et l'Allemagne qui étaient nos clients privilégiés, il y a peu de temps.
Une production stable en Europe
La production européenne de volailles a confirmé, en 2008, la croissance retrouvée en 2007 avec 11,6 millions de t. (+1,4 %). La production de poulet a bénéficié des ventes de poulets congelés vers le Moyen Orient, et de découpes et viandes désossées vers la Russie. La production de dindes faiblit sous la pression des produits importés. L'évolution est contrastée selon les pays. Les progressions sont importantes en Pologne, Italie et Allemagne, et bien supérieures à la demande. Cela a créé des difficultés sur l'ensemble du marché européen, avec une offre excédentaire, alors que la consommation était pénalisée par la hausse des prix de revient. Les réajustements ont été opérés fin 2008.
Une consommation stable
La progression de la consommation (23,7 kg/hab.) est de 0,7 % en 2008. La crise financière impacte sérieusement les économies occidentales, conduisant à la contraction de la demande, sur la plupart des marchés. Compte tenu de son positionnement prix, la volaille pourrait maintenir le niveau de consommation actuel, mais en privilégiant de plus en plus les pièces vendues à bon marché.
Une Europe déficitaire
Calculé par bilan, le déficit européen se confirme en 2008 et représente 200 000 t, soit un taux d'auto-approvisionnement de 98 %. Il y a moins de 10 ans, les exportations étaient de 800 000 t. Avec l'affaiblissement de la demande mondiale, la pression des importations vers l'Europe pourrait croître, d'autant plus que de nouvelles brêches dans les tarifs douaniers sont apparues en 2008. La dégradation de la balance commerciale est encore plus sensible si on considère le chiffre d'affaires. L'Europe exporte des produits peu valorisés (poulets congelés, VSM) et importe des viandes transformées et en partie prêtes à l'emploi.
La maîtrise des importations
En Europe, les importations représentent désormais 10 % de la consommation, toutes espèces confondues. Le déficit concerne essentiellement le poulet suivi par la dinde alors que le canard accroît son excédent. La France ne fait pas exception, les importations couvrent désormais 24 % de la volaille consommée.
La maîtrise des importations constitue un véritable enjeu, car l'équilibre du marché en dépend. Le secteur avicole peine de plus en plus à surmonter les contraintes. Les autorités se sont fixé comme objectif d'appliquer strictement à l'ensemble des produits qui entrent en Europe, les mêmes normes sanitaires que celles imposées aux producteurs européens. Beaucoup de ces normes touchent à la mise en œuvre de la production et sont incontrôlables sur le produit fini.
Patrick Bégos