
Nous ne sommes pas systématiquement opposés à la vaccination mais les éleveurs doivent avoir la liberté de ne pas vacciner", déclare Francis Roy, porte parole du collectif. La responsabilité doit être assumée par l'exploitant en lui donnant tous les éléments techniques pour se décider. "Jusqu'à présent, nous n'avons entendu qu'un seul avis. Les éleveurs se sentent dans l'obligation de vacciner, par rapport à leur environnement". Pourtant, le collectif rappelle que la Fièvre catarrhale ovine n'est pas directement contagieuse et n'est pas transmissible à l'homme. "Le fait de ne pas vacciner ne présente aucun danger pour l'éleveur ni pour les troupeaux du voisinage". Les opposants à la vaccination systématique souhaitent privilégier l'immunité naturelle et, ainsi, sélectionner les lignées résistantes. "L'obligation de vacciner les animaux aboutit à l'impossibilité de repérer les animaux malades (les plus sensibles) et donc de les soustraire, ainsi que leur descendance, des animaux reproducteurs". Les Autorisations Temporaires d'Utilisation des vaccins utilisés par les vétérinaires sanitaires ne précisent nullement, selon les opposants, leur capacité à supprimer le portage, et donc l'excrétion virale, des animaux vaccinés, dans les huit semaines qui suivent leur vaccination.
Demandes de dérogation
Le collectif propose donc aux exploitants intéressés de remplir des formulaires de demande de dérogation individuelle qui seront remis collectivement à la préfecture de région. Un premier dépôt aura lieu en début du mois de février. "Les éleveurs peuvent encore demander les formulaires dans les organisations adhérentes au dispositif. Un second dépôt de demandes de dérogations sera transmis plus tard". L'interpellation des pouvoirs publics appelle une réponse. Le débat ne fait que commencer. "En fonction de la réponse obtenue nous discuterons des poursuites à envisager", conclut Francis Roy.
Bernard Laurent
OPINION
Hubert Hiron,
Vétérinaire
"Privilégier l'immunité naturelle"
La vaccination n'est pas un acte anodin. Elle modifie l'immunité. Les produits utilisés ne sont pas toujours sans conséquences sur la santé animale et éventuellement sur la santé humaine. À la fédération nationale des GDS, les positions sont différentes et ont évolué depuis l'apparition du virus. Tous les départements n'appliquent pas la même politique. En Belgique, le virus est apparu en 2006. Beaucoup de troupeaux ont été atteints en 2007. En 2008, six foyers seulement ont été recensés malgré le fait que seulement la moitié des cheptels ait été vaccinés. Le cheptel belge s'est, en partie, immunisé naturellement.
Les animaux touchés ont des symptômes très différents. Globalement, ils peuvent assumer. Le cheptel, touché par le virus, est désormais protégé sur du long terme, ce qui n'est pas le cas des troupeaux vaccinés. L'immunité acquise naturellement est supérieure à la vaccination qui sera à refaire régulièrement. Cela représente, bien entendu, un coût pour les éleveurs. Cette charge est d'autant plus regrettable que la maladie n'est pas directement contagieuse (elle est vectorielle) et n'est pas transmissible à l'homme. Les éleveurs qui souhaitent se sécuriser à court terme avec un vaccin doivent pouvoir le faire pour assurer des ventes de broutards à l'exportation ou pour protéger un cheptel affaibli pour telle ou telle raison. Ceux qui préfèrent gérer l'immunisation naturelle de leur troupeau doivent pouvoir assumer leur stratégie sans aucune entrave ni perte de droit.
Photo : Des membres de la Confédération Paysanne, du Groupement des agriculteurs biologiques, du Réseau d'agriculture durable et de Breizh Viande Bio se mobilisent pour la liberté vaccinale