
Le non-labour concerne actuellement 21 % de la surface bretonne de céréales et maïs, soit moins que la moyenne nationale. La présence de productions animales, le passage fréquent de remorques, de tonnes à lisier ou d'épandeurs, les risques de salissement des terres, de mycotoxines ont sans doute freiné l'évolution vers ces techniques. "Contrairement à d'autres régions, le non-labour porte essentiellement sur le blé", déclare Magali Février de la Draf. "Il est plus fréquent dans les grandes exploitations. La principale motivation, c'est le gain de temps. L'aspect agronomique ne vient qu'après", souligne Soizic Perche, de la Chambre d'Agriculture de Bretagne.
Observer, raisonner
Labour ou non-labour, on ne peut pas avoir une approche réduite à l'une ou l'autre pratique. "Certains sols et cultures supporteront le non-labour, d'autres pas", explique Frédéric Thomas, président de Base. "L'intérêt de la démarche, c'est d'observer, de mieux suivre son sol, de se poser des questions sur ses pratiques et d'évoluer progressivement".
L'expérience d'Erwan Caradec illustre ce cheminement. Associé dans un Gaec laitier à Douarnenez (29), il a adopté le non-labour depuis 10 ans, sur 160 ha. "En 1997, nous avons eu un problème de charrue, lors du semis de blé et nous avons terminé le semis sans labourer. Les résultats étaient satisfaisants et nous avons adopté cette pratique sur blé puis sur maïs, en faisant appel à du matériel d'entreprise. On a attendu 2006 pour investir dans un semoir spécifique Vaderstad de 3 m".
Une conduite différente
Le premier objectif des associés était de gagner du temps, puis ils sont entrés dans une logique agronomique. "Nous n'avons pas eu de difficultés dans la conduite de culture, en étant vigilant au choix de variétés de blé moins sensibles à la fusariose et donc aux mycotoxines et des variétés de maïs résistantes à l'helminthosporiose", explique Erwan. "Je n'ai pas plus de limaces et je n'utilise pas d'anti-limaces. Par contre, je déchaume par un, voire deux passages de Carrier".
Depuis 2001, Erwan est convaincu de l'importance des couverts végétaux. Ceux qu’il utilise se développent bien et gèlent (type phacélie-nyger). D'autres, à base de moha et de trèfle d'Alexandrie, sont valorisés en fourrages. "Les couverts sont semés au semoir et j'essaie de me limiter à un coût de 40 euros/ha". Ils sont détruits mécaniquement.
"Nous n'avons pas eu de difficultés pour gérer les adventices (paturin-mouron). En 12 années de travail simplifié, nous n'avons pas utilisé de décompactage". Les couverts végétaux et les vers font le travail, mais il faut intervenir dans les parcelles en conditions optimales et être patient pour attendre que le sol soit bien ressuyé.
La marge brute
Les résultats économiques sont à la hauteur avec des rendements de 80 q/ha en blé et de 15 t de matière sèche/ha en maïs. "Ce qui m'intéresse c'est la marge brute et non le rendement", souligne Erwan. En blé, cette marge est de 762 euros/ha. Et d'autres charges ont baissé comme les charges de mécanisation et le carburant. "Il me faut 8 à 10 L de gazole/ha pour semer avec un débit de chantier de 3 ha/heure".
"Nos pratiques de travail du sol évolueront encore", précise Erwan. "Je souhaite aller vers le semis direct sous couvert pour éviter le ruissellement, tout en gardant des terres propres et un sol conservant son humidité, au printemps".
Patrick Bégos
Photo : Après une période d'essai, les associés du Gaec Caradec ont investi en 2006 dans un semoir spécifique "non labour ".
Une enquête sur 107 exploitations bretonnes
Dans les exploitations enquêtées, les motivations des agriculteurs ayant opté pour le travail simplifié varient selon l'expérience. "On entre dans les techniques simplifiées pour des questions d'organisation du travail. C'est la principale motivation, les 5 premières années. Au-delà, l'agronomie devient la principale motivation", déclare Soizic Perche. 90 % des agriculteurs qui ont moins de 5 ans d'expérience de simplification utilisent du matériel de semis classique. Huit agriculteurs sur 10 ont rencontré au moins un problème depuis l'arrêt du labour : salissement des parcelles, destruction des cultures par des nuisibles… mais seulement 5 % ont fait "marche arrière" en revenant au labour. Les exploitants dressent un bilan favorable en temps de travail, consommation de carburant, qualité du sol et charges de mécanisation.