
Les températures sibériennes relevées au début de l’année ont mis les culicoïdes à terre. Et sans doute la vigilance des éleveurs est-elle moindre à cette période de l’année peu propice à la prolifération des insectes.
À ce jour, la campagne de vaccination obligatoire a démarré. Avec le délai de trois semaines entre deux injections, il est temps de penser à contacter son vétérinaire pour programmer les interventions. À défaut, certains éleveurs pourraient être pris de court si les sorties en pâture intervenaient tôt en saison. Pour une sortie des génisses au 15 mars, la première injection doit intervenir au plus tard le 20 février…
Forte variabilité des pertes selon les élevages
La première étude technico-économique du genre (1), réalisée à partir de modèles types relatifs au BTV8, invite en tout cas les éleveurs à prendre les devants sur la période d’activité des insectes qui reprendra avec les beaux jours.
Cette étude met en évidence une grande variabilité des impacts de la maladie selon les élevages. En élevage laitier, les baisses de marge brute varient de - 1,1 % et - 8% ; elles chutent de -6,1 % et -17,7% en élevage allaitant. Sans oublier l’impact majeur sur la filière génisse amouillante et broutard. Les études réalisées à partir des données commerciales indiquent une baisse de 23 % des volumes à l’export.
Cette étude met encore l’accent sur une surmortalité des bovins liée à la FCO, pouvant atteindre + 75 % dans certaines catégories d’âge. Ces observations sont mises en perspective avec l’augmentation des volumes d’équarrissage. Là aussi, on observe une très forte variabilité des pertes entre élevages. Sans oublier l’impact non négligeable de la morbidité : Les animaux malades occasionnent des frais supplémentaires qui peuvent s’avérer importants, avec un allongement des durées d’engraissement et des pertes de production. Une étude réalisée par le Contrôle laitier de Picardie conclut à une perte de production de 10 % par vache malade durant trois semaines.
La reproduction affectée
Des impacts notoires ont également été constatés sur la reproduction. La baisse de réussite de l’IA observée dans l’analyse des données nationales a été corroborée par les informations collectées dans les enquêtes de terrain : un plus grand nombre d’IA a été réalisé par rapport aux années antérieures. Des avortements supplémentaires ont été observés par tous les éleveurs. De même, des naissances de veaux aveugles ont été fréquemment constatées.
Il ne faut pas non plus négliger l’impact sur la main-d’œuvre. Dans les troupeaux touchés, la FCO entraîne un besoin de surveillance et de manipulation accru des animaux. Ce surplus de travail, évalué en moyenne à 1 h 30 par jour étant de plus associé à un sentiment de détresse face au manque d’information disponible.
Didier Le Du
(1) Réalisée par l’Institut de l’élevage en concertation avec la FNGDS, l’APCA, FUS et l’UNCEIA.
Photo : La présence concomitante de deux sérotypes de la maladie (BTV1 et BTV8) fait craindre des impacts renforcés sur les territoires qui n’auront pas vacciné massivement avant le printemps.
Les ovins très touchés
L’impact maximum est observé en élevage ovin avec une variation de la marge brute comprise entre - 4% et - 106%. Dans certains cas critiques des pertes de marge brute peuvent atteindre 134 % en élevage allaitant. Des conséquences économiques qui peuvent mettre en péril la survie de l’atelier. La mortalité est en effet plus importante chez les ovins touchés par le BTV8. Des naissances d’agneaux présentant des malformations congénitales ont été fréquemment observées. Des observateurs font état d’une virulence encore plus forte du sérotype 1 sur cette espèce animale.
En élevage ovin, l’absence de base nationale exhaustive est un frein à l’évaluation de l’impact de la maladie sur les performances de reproduction.