
Faut-il arrêter le labour pour gagner du temps et économiser les charges ? Quelles sont les conséquences sur les rendements, sur le salissement des terrres, sur l'environnement ? Beaucoup d'agriculteurs s'interrogent, pressés par l'agrandissement des surfaces et la réduction de la main d'œuvre
Donner les clés
Près de 20 % des agriculteurs bretons ont choisi d'arrêter le labour, au moins partiellement. C'est moins que la moyenne nationale (un tiers des terres sont concernées). Quel est l'intérêt réel de ces techniques ? Le forum Agrofutur, qui aura lieu le 27 janvier à Pontivy, devrait apporter des éléments de réflexion. "Face à ce sujet complexe, notre objectif est de montrer les résultats d'essais et de susciter le débat", souligne Pierre Daniel, président régional du pôle agronomie. "Nous ne mettons pas en avant l'une ou l'autre des techniques (labour ou non labour) mais nous donnerons les clés pour faire le meilleur choix".
Ce forum est coordonné par les Chambres d'Agriculture de Bretagne en collaboration avec Arvalis, les Cuma, Base, Coop de France Ouest, Cer France Bretagne et l'Inra. Les interventions se feront sous forme de témoignages (Cuma et exploitant individuel pratiquant le non-labour) et d'exposés sur les données économiques comparant les pratiques, sur les conséquences du non-labour sur les mycotoxines, sur les gaz à effet de serre…
Rendements globalement identiques
Les travaux de la Station de Kerguéhennec apportent des éléments de réflexion. Des essais sont réalisés sur le travail du sol, depuis 9 ans, comparant trois modalités : le labour suivi d'un semis avec herse rotative, le travail superficiel (travail du sol sur 10 cm) et le semis direct (travail du sol limité à la ligne de semis) sur des rotations maïs-blé-colza.
"Pour le blé, les deux premières années, les rendements ont été inférieurs en non-labour puis les rendements ont été identiques, voire supérieurs", explique Alain Cottais, responsable de la Station. Sur 9 ans, la perte globale de rendement pour le non-labour serait de 5 %. "Le maïs est très sensible aux accidents d'implantation. Les pertes de plants dues à un affinement excessif en travail superficiel, suivi de violents orages, se répercutent directement sur le rendement". Lors des printemps humides et froids, la plus grande sensibilité aux attaques de ravageurs a entraîné jusqu'à 15 % de pertes, en non-labour.
"Globalement, les rendements sont relativement proches, mais la variabilité est d'autant plus importante que l'on tend vers le semis direct", souligne Djilali Heddaj, agronome. La nutrition des cultures n'est pas affectée par les différentes techniques. Par contre, la maîtrise du salissement nécessite un suivi et une évolution des itinéraires culturaux (faux semis….). "Il faut une approche globale au niveau des itinéraires techniques (choix variétaux…) et des rotations (couverts végétaux…) pour limiter le recours aux intrants".
Pas de solution unique
"Le forum doit susciter le débat", estime Louis Jestin, responsable du pôle agronomie des Chambres. "Il n'y a pas de modèle ni de solution unique car les sols et les conditions climatiques sont tellement variables d'un secteur à l'autre". La réflexion sur les techniques simplifiées ne doit pas se limiter à l'aspect matériel. Il faut observer l'évolution du sol et s'adapter. "Le contexte de l'automne 2008 tombe à point nommé", pense Jean-Claude Chasseboeuf, président de la Commission agronomie 22. "La pluviométrie importante a perturbé les semis de blé à partir de fin octobre. Certains agriculteurs qui pratiquaient les techniques simplifiées ont réutilisé la charrue pour implanter le blé, parce qu'il faut attendre plus longtemps le ressuyage des terres, en non-labour, avant de semer".
Comme dans toute nouvelle technique, il est préférable de démarrer avec le matériel existant en allant progressivement, d'abord sur maïs, puis sur blé et en étant vigilant aux problèmes de fusariose et de mycotoxines. Certains sols accepteront, d'autres pas.
Un guide pratique
Les participants au forum recevront le guide réalisé par les Chambres d'Agriculture de Bretagne sur les techniques culturales sans labour. Les agriculteurs y trouveront les références nationales et régionales des essais, ainsi que les réponses aux questions pratiques sur le déchaumage, les résidus, les couverts végétaux, l'utilisation du matériel existant, les coûts, le désherbage, la fertilisation et les rendements. Ce sera le premier guide réalisé sur ce thème au niveau national.
Patrick Bégos
Pratique
Forum Agrofutur "Sol et Vie : le travail du sol en question"
• Mardi 27 janvier de 9 h à 17 h à Pontivy.
• Au programme : l'état des lieux des techniques du travail du sol du semis direct au labour, l'impact sur le sol, la conduite des cultures, l'environnement, les conditions de travail, l'économie de l'exploitation. Table ronde d'experts en fin d'après-midi.
• Coût 50 euros pour exploitant et salarié d'exploitation et 100 euros pour technicien.
Renseignements et inscription 02 97 46 28 37
Photo : Coordonné par les Chambres d'Agriculture, le forum de Pontivy devrait répondre aux questions que se posent les agriculteurs avant d'adopter les techniques simplifiées de préparation du sol.