
Chez Irène Delalande, à Illifaut, les poules en cages californiennes montées sur trois étages ont été remplacées par des poules plein air. Le bâtiment, construit en 1980 pour 19 000 poules, était limité à 13 000 places avec la norme de 550 cm2/poule. Il n'était plus fonctionnel et nécessitait des investissements.
Trois solutions
"J'avais le choix entre trois solutions : tout arrêter et reprendre un emploi de salarié, m'orienter vers la production d'œufs alternatifs", explique Irène Delalande. "La troisième solution consistait à poursuivre la production en cage. Il me fallait racheter des droits à produire pour monter à 40 000 poules, investir dans un bâtiment neuf aux normes bien être et dans une installation de séchage de fientes". Un investissement minimum d'1 million d'euros qui été rapidement abandonné.
Par contre, les conditions étaient réunies pour produire de l'œuf de plein air. La coque du bâtiment (800 m2) est en bon état et permet de loger 6 000 poules. Autour du poulailler, la parcelle est suffisamment grande pour le parcours (2,5 ha pour 6 000 poules plein air, ou 3 ha en Label Rouge). "Cette solution paraissait réalisable, d'autant que Christian, mon mari, possède le même type de bâtiment dans la commune voisine. Nous avons écarté la production d'œufs bio, car nous serions limités à 3 000 poules". Un contrat œufs de plein air a été signé avec la SARL Les Roches de Plésidy (22).
Un investissement de 90 000 euros
Après avoir sorti les cages et cassé les préfosses, l'éleveur a refait une dalle de béton dans le poulailler et monté des trappes. Le bâtiment a été équipé de pondoirs automatiques et de caillebotis. Un investissement global de 90 000 euros, (15 euros par poule). "Compte tenu de la taille de l'élevage, l'investissement reste assez élevé mais plus faible qu'un bâtiment neuf (210 000 euros)", estime Irène.
"Le lot de poules plein air se conduit sur au moins 52 semaines (entrée à 18 semaines et sortie au minimum à 70 semaines, selon l'évolution du lot et la qualité des œufs)", précise David Thoraval, de la société Les Roches. Ce sont des poules "Lohmann Tradition", une souche labellisée. L'objectif est de produire 295 œufs/poule sur 52 semaines, avec une consommation de 125 à 130 g d'aliment/poule/jour, soit 150 g par œuf.
Un mi-temps
À 26 semaines d'âge, les poules sortent avant 11 heures et jusqu'à la tombée de la nuit. "L'enjeu est d'avoir le moins possible de ponte au sol. Si la poulette est bien préparée, la ponte au sol se limite entre 30 et 150 œufs maxi au pic de ponte", estime Mickaël Pezot, de la société Lohmann. Le suivi sanitaire est identique à celui des poules en cage (salmonelles).
Un élevage de 6 000 poules plein air équivaut à un mi-temps sur l'année, avec des périodes plus chargées, notamment à la fin du lot, car il faut sortir le matériel pour le laver (caillebotis). La rémunération prend en compte le nombre d'œufs, le calibre et les critères techniques (aliment). Pour une production de 295 œufs, la rémunération se situe autour de 5,80 euros/poule. "Sur ces bases et en déduisant les autres charges (eau, EDF, assurances, charges sociales….), l'annuité de l'emprunt (12 ans) et avec une marge de sécurité de 3 000 euros, il reste 15 000 euros par an avant impôt", précisent Françoise Le Belguet et Laetitia Chevalier, de l'Agence CMB du Pays du Méné. "En bâtiment neuf (210 000 euros), l'élevage de plein air ne dégagerait pas de revenu".
Un marché en croissance
Produire de l'œuf de plein air constitue une solution pour des éleveurs confrontés à la mise aux normes bien-être. Il faut disposer d'un bâtiment de 800 m2, avec une coque en bon état et d'un parcours extérieur de 2,5 ha à 3 ha. Cette dernière condition peut poser problème, notamment si les bâtiments sont enclavés. "Il faut aussi aimer ce travail et avoir un œil d'éleveur pour bien suivre le lot de poules", ajoute Irène. Le marché alternatif est en pleine croissance. Il représente actuellement 25 % du marché global de l'œuf et pourrait passer à 35 % dans un délai de 5 ans.
Patrick Bégos
Photo : Le cahier des charges "plein air" prévoit 9 poules par m2 de bâtiment et un parcours extérieur de 4 m2 par poule. Les poules pondent dans les pondoirs automatiques (à gauche).