
Malgré le souhait de nombreux jeunes de mener leur exploitation en individuel, l'installation en société constitue un enjeu pour la profession agricole. "Avec les baby-boomers qui arrivent à l’âge de la retraite, il va y avoir des places à prendre dans les exploitations agricoles d’ici 3 à 4 ans. Beaucoup de Gaec parents-enfants vont rechercher un associé pour reprendre la place et les parts du ou des parents. Par ailleurs, des agriculteurs en place recherchent un tiers pour s’associer, mieux organiser leur travail et pouvoir se libérer du temps", ont rappelé les JA d'Ille-et-Vilaine à l'occasion de la journée de sensibilisation "Demain je m'associe", le 11 décembre à Rennes.
Une soixantaine de jeunes en formation ou à la recherche d'une exploitation sont venus découvrir l’installation sociétaire, au travers du témoignage de plusieurs intervenants : Adasea, Chambre d’agriculture et CER. Parmi les aspects abordés : Quelle est l’offre d’exploitations disponibles dans les années à venir ? Comment gérer l’entente et le travail des personnes ? Comment créer un Gaec ? Comment reprendre des parts ?
“L'intégration s’est faite naturellement”
Pour Fabrice Bouin, 27 ans, l'intégration dans un Gaec existant à trois associés s'est faite "naturellement", en septembre 2007. "J'étais salarié sur l'exploitation de ma mère depuis 2003. Quand elle a décidé de partir en retraite, je ne souhaitais pas rester seul sur l'exploitation familiale. Je disposais de 210 000 litres de lait et d'environ 50 ha de SAU, mais la stabulation n'était pas mise aux normes".
De leur côté, les membres du Gaec situé à deux kilomètres de l'exploitation Bouin, avait imaginé la possibilité d'accueillir Fabrice. Des rencontres ont permis aux différents associés d'exposer leurs objectifs. Le choix a été fait de recréer une société (plutôt que de garder la structure existante), "comme j'amenais des moyens de production". Cette nouvelle création a aussi permis de mettre à plat les DPU notamment.
Le Gaec est basé à la Chapelle-aux-Filtzméens, près de Combourg. En 2001, les associés avaient fait le choix d'entrer dans un mode de production moins intensif, avec notamment du séchage en grange. "Cela me plaisait, même si j'avais conduit un système intensif pendant plusieurs années", retrace Fabrice Bouin. Disposant de 660 000 L de quota et de 168 ha, le système de production est passé en Bio en mai 2008. "Nous en avions parlé avant mon installation". Un projet de transformation du lait devrait également voir le jour.
Un espace neutre pour se réunir
"Pour un bon fonctionnement en société, l'aspect humain est essentiel, on ne peut pas avoir un comportement trop individuel. Il faut savoir faire des concessions, sans pour autant se taire en permanence", pense Fabrice. "Sur le Gaec, nous faisons une réunion tous les lundis matin pour prendre les décisions importantes". Les membres du Gaec ont un espace commun neutre pour se retrouver.
Aux yeux du jeune agriculteur, l'intérêt d'un fonctionnement en société est aussi l'organisation avec des horaires calés. "Nous sommes polyvalents". Pour les week-ends, le Gaec fonctionne avec trois organisations différentes : soit travail tout le week-end, soit travail le samedi matin, soit week-end qui commence le vendredi soir. "Et nous avons cinq semaines de vacances par an. En cas de problème, nous sommes prêts à embaucher un salarié pour partir quand même en vacances, c'est très important".
Agnès Cussonneau