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Œufs / Bien-être et réglementation sanitaire - La filière pondeuse, à la croisée des chemins
 
L'année 2008 sera une année contrastée pour les producteurs d'œufs, avec un second semestre moins bon que le premier. La hausse de 50 % du prix de l'aliment a perturbé la filière. La baisse de la consommation d'œufs pèse sur les cotations en cette fin d'année. "Et 2009 ne va pas démarrer sous de bons auspices car les prix des ovoproduits sont en chute. Depuis 3 ans, nous n'avons pas eu de bonne année, les trésoreries n'ont pas dégagé d'autofinancement", estime Roland Burban, président de la section œufs de l'UGPVB.

30 % des élevages

Ceci n'est pas de bon augure pour l'échéance du 1er janvier 2012. "À cette date, selon la réglementation européenne, les élevages devraient avoir des cages aux normes bien-être (surface de 750 cm2, nid, perchoir, …)", explique Gilles Guillaume, de l'UGPVB. "Or actuellement, seuls 30 % des élevages possèdent des cages aménagées ou aménageables. Pour 7 producteurs sur 10, il ne reste donc que trois ans pour se mettre en règle".  
"Malgré ce délai court, peu investissent", poursuit R. Burban. L'âge, la taille des ateliers, mais aussi la méfiance des banques sont les principaux freins. Pour une construction neuve, l'investissement s'élève à 25 euros/poule et 14-15 euros/poule, s'il y a uniquement changement de cage. Pour 60 000 poules "en neuf", le montant total s'élève à plus de 1,5 million d'euros.   

Accompagner

"La profession maintient sa demande de report de l'échéance au-delà de 2012, notamment pour ceux qui sont en fin de carrière", déclare le président de la section oeufs. Aucune aide financière n'est prévue, contrairement à d'autres productions (truies, veaux). "Le ministre de l'Agriculture, Michel Barnier, n'est pas favorable à un report de l'échéance au-delà de 2012".
"L'échéance paraît difficilement tenable", estime Roland Burban. Va-t-on assister à une recrudescence des importations ? En Europe, les positions varient : certains pays sont peu concernés car très portés vers l'œuf alternatif (Pays-Bas), d'autres (Allemagne) mettent en place des mini-volières, avec des exigences plus importantes que celles de la réglementation européenne. D'autres pays (France) ont entamé une mise aux normes. Enfin, l'Espagne et l'Italie n'auraient pratiquement rien démarré. Dans un tel contexte, quelles seront les tolérances réglementaires ?
"Une réflexion globale doit être menée au sein de chaque élevage, car chaque situation est différente". L'approvisionnement de l'Union et le respect des normes sanitaires européennes préoccupent les responsables. "Nous allons, durant l'année 2009, reprendre contact avec les élus pour les sensibiliser", souligne R. Burban.

Empilement de réglementations

Au niveau sanitaire, la réglementation devient de plus en plus contraignante pour le contrôles des salmonelles (SE et ST). Un contrôle est réalisé à 24 semaines puis toutes les 15 semaines et enfin 9 semaines avant le départ des poules, soit au moins 4 contrôles par bande. Dans les élevages de plus de 80 000 poules, l'éleveur devrait en plus conserver un échantillon d'aliment par livraison et le mettre à disposition, si une infection se déclare. "Nous proposons que l'échantillon de l'usine puisse servir en cas d'infection", déclare R. Burban. Enfin, le cadre réglementaire de lutte contre les salmonelles serait revu en 2009. "Ce serait la quatrième modification en l'espace de 3 ans. On empile les réglementations sans avoir le temps de tirer les bilans", estime G. Guillaume.

Besoin de lisibilité

Sur le terrain, les éleveurs sont confrontés à des difficultés pratiques. La réglementation européenne exige que les œufs soient marqués individuellement d’une lettre B entourée  d'un cercle rouge ou d’un point, si l'élevage est positif. La DGAL (Direction générale de l'Alimentation) craint les mélanges d'œufs circulant dans l'Union. Elle refuse également d'indemniser les élevages dont plus de 50 % des œufs sont destinés à la casserie, privant ainsi des éleveurs du droit aux indemnités, ce qui risque de maintenir des élevages infectés sur le terrain.  
"On est à la croisée des chemins", pense R. Burban. "La taille des élevages de poules en cage va augmenter et se rapprocher de 80 000 à 100 000 poules, contre 50 000 actuellement. Avec de tels investissements, nous avons besoin de lisibilité sur l'évolution de la réglementation, sur une période de 15 à 18 ans". C'est la pérennité des élevages d'œufs standard qui est en jeu.

Patrick Bégos

Photo : Roland Burban, président de la section œufs de l'UGPVB (à droite) et Gilles Guillaume, animateur de la section.  


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Date de l'article : semaine du N° du 19 au 25 Décembre 2008
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