
Les races porcines locales représentent de petits effectifs et ne sont maintenues que grâce à la volonté d’un nombre réduit d’éleveurs, qui exploitent leurs spécificités. Dans les grandes populations, la forte diffusion de quelques animaux d'élite se traduit par un nombre réduit de gènes différents dans les générations suivantes. Pour les races locales comme les races commerciales, on est donc en présence d’une perte de diversité due à la diminution du nombre de reproducteurs.
Pour décrire et mieux connaître la diversité génétique chez le porc en Europe, le projet PigBioDiv de l’Inra de Jouy-en-Josas a pris en compte 58 populations porcines représentant presque toute la diversité présente en Europe : des races locales comme les races Gasconne ou Limousine, des lignées commerciales de races de grande diffusion (Largewhite, Landrace, Duroc, Piétrain, Hampshire), quelques lignées créées à partir de croisements entre 2 races différentes , enfin 2 populations "européennes" d’une race locale chinoise (Meishan, importée dans les années 80). Pour chaque race, les chercheurs ont sélectionné au minimum un échantillon représentatif de 50 animaux (25 femelles et 25 mâles). Cette étude suggère que toutes les races européennes considérées descendent indépendamment d’une même population ancestrale, mais elle ne permet pas de proposer de chronologie de la formation des races.
Une évolution aléatoire ?
D’une race à l’autre, la diversité présente à l’intérieur des populations est fortement variable : le nombre moyen d’allèles (formes différentes d’un même gène) présents dans une population varie du simple au double. Si certaines races locales semblent appauvries (par exemple les races française Basque, britannique Berkshire ou espagnole Manchado de Jabugo), d’autres comme la race française Créole ou italienne Nera Siciliana présentent au contraire une grande richesse allélique, supérieure à celle des races de grande diffusion commerciale. En étudiant plus finement ces zones du génome qui ont été sujettes à un effet de sélection artificielle dans certaines populations, les chercheurs devraient mettre en évidence d’autres formes de diversité plus liée à la variabilité des caractères, qui ont été pris en compte lors de la formation des races et de la sélection intensive des dernières décennies.
Ces études de diversité génétique ont d'ores et déjà permis d'identifier des populations à risque d’extinction (par exemple la race française Basque) et ont mis en évidence des populations/races constituant des ressources de diversité originale (la race française Créole, par exemple).
Pour le maintien de la biodiversité générale des porcs, les chercheurs recommandent de ne pas prendre en compte uniquement le critère de la diversité génétique, mais aussi des critères socioéconomiques, comme le maintien simultané d’un système de production (intérêt culturel et promotion d'un produit local), et la gestion de la variabilité de la population. Certaines races de grande diffusion semblent avoir perdu beaucoup de variabilité génétique. Leur gestion mériterait donc une attention particulière.
Photo : Les études de diversité génétique ont permis d’ores et déjà d’identifier des races à risque d’extinction comme la race basque