
En résumé… il faudra disputer le bout de gras pour pouvoir continuer de s'imposer sur le marché de la viande bovine en 2009. Certes l'année se termine sur une note positive, avec la baisse du prix des céréales, qui relance en partie l'intérêt de l'engraissement. Mais, d'une part, cela ne concerne pas encore les naisseurs (malmenés depuis deux ans avec une baisse de 167 euros/broutard en moyenne constatée au MOL), et d'autre part comment imaginer cette tendance baissière durable, à une époque où plus personne ne doute de l'extrême volatilité des cours ?
Le Mercosur tient les rênes
L'évolution du marché de la viande dépendra, en grande partie, de la tournure que prendront les choses du côté du Mercosur. En 2008, les importations européennes de viande sud-américaine ont en effet été drastiquement réduites : jusque - 82 % sur certains mois pour le Brésil par rapport à 2007 en raison de la fièvre aphteuse, et - 15 % pour l'Argentine compte tenu de la crise économique traversée par le pays. À l'aube de 2009, la question est de savoir jusqu'à quand ces deux mastodontes aux dents longues resteront en retrait du marché européen…
Un afflux de viande tomberait en effet plutôt mal, à une période où les chiffres de la consommation ne sont pas bons, crise financière oblige. Sur 2008, la consommation française de viande bovine affiche ainsi un – 4,2 % (panel TNS moyenne annuelle glissante). Difficile d'espérer un rebond en 2009, même si le steack haché continue heureusement de tirer la consommation de viande bovine.
Coller à la demande
Dans ce contexte, comment s'adapter ? "Il faut viser la meilleure adéquation entre l'offre et la demande, quel que soit le produit, insistait Raymond Barré, de la Chambre d'agriculture du Finistère, vendredi 5 devant un groupe de producteurs. La recherche de nouvelles sources d'identification des produits peut être intéressante. Dans tous les cas, il faut continuer de calculer, au plus juste, ses coûts de production."
Pour les vaches et génisses à viande, en particulier, la conjoncture devrait restée marquée par un afflux de vaches laitières jusqu'à la fin de la campagne laitière. En conséquence, "mieux vaut prévoir ses sorties d'animaux à viande pour avril – juin, période à laquelle il en manque généralement, conseille Raymond Barré. Cela implique de mettre dès à présent ses femelles en engraissement car il faut compter entre trois et six mois de finition selon les animaux. Le marché recherche de bons animaux à la conformation comprise entre R + et U." Au total, la Bretagne produit actuellement 7000 femelles classées U, ce qui ne représente que 13 % des 53 000 femelles de race à viande et croisées mises sur le marché. Un meilleur score est possible.
JB : de 400 à 450 kg de carcasse
Concernant les jeunes bovins, le marché devrait en grande partie dépendre de l'évolution de la situation du Brésil et de l'Argentine. En l'absence d'éléments connus sur ce point, "mieux vaut ne pas trop attendre pour vendre ses JB si le marché est porteur et si les animaux sont finis", suggère Raymond Barré. Le jeune bovin le plus recherché pèse de 400 à 450 kg de carcasse pour un âge inférieur à 18 - 20 mois. "Les éleveurs garderont un œil sur le coût de production grâce notamment à une alimentation produite sur l’exploitation et à un meilleur indice de consommation permis par la vente d’animaux plus jeunes."
Broutards : la technique avant tout
Enfin, la situation la plus délicate est celle des naisseurs seuls, pénalisés successivement par la hausse du coût de l'engraissement puis par les mesures FCO limitant la circulation des animaux. La seule marge de manœuvre des naisseurs est l'amélioration des résultats techniques. À en juger par l'écart de prix (220 euros, référence MOL 2007) qui persiste entre le quart inférieur et le quart supérieur des broutards vendus, cette dernière est possible. "Il faut produire de bons broutards et les complémenter si nécessaire pour atteindre 300 kg très vite (le sevrage précoce à 7 – 8 mois fonctionne très bien pour des animaux bien conduits), cite Raymond Barré. La génétique et les conditions d'élevage s’additionnent et font la différence."
Anne-Laure Lussou
Photo : La baisse récente du prix des céréales a entre autres pour conséquence de relancer l'intérêt de l'engraissement.
Des mesures en faveur des producteurs de viande
L’État a mis en place un programme d’accompagnement des éleveurs mis en difficulté par la FCO. Sur le territoire national, l'aide à l’adaptation de l’engraissement peut ainsi atteindre jusque 30 euros par mois et par jeune bovin (maximum 90 euros). Les élevages concernés doivent avoir acheté (entre le 3/10/08 et le 3/2 /09) et vendu au moins dix animaux de race à viande ou croisés (entre 1/12/08 et le 31/3/09) en contrat d’engraissement. Le dépôt de dossier est à faire avant le 15 avril 2009. En outre, une enveloppe d’aides FAC est allouée à chaque département sous forme de prise en charge d’intérêts sur emprunt long et moyen terme à échéance 2009, d’aide à la trésorerie et de prise en charge de cotisations sociales. Le dépôt du dossier FAC est à faire en 2008 (selon les départements). Par ailleurs, en zone réglementée 1 et 8, soit le Finistère et quelques cantons du Morbihan et des Côtes d’Armor, une aide au maintien des broutards mâles ou femelles complète le dispositif (jusque 30 euros par mois pendant trois mois maximum et jusque 15 euros par mois pendant 3 mois pour les veaux de 8 jours). Les animaux éligibles sont les animaux en surnombre entre le 28 octobre 2008 et le 28 janvier 2009, comparé à la même période 2006 - 2007. Le dépôt de dossier est à faire sitôt la fin de période, soit avant le 15 février 2009.
Le détail de ces mesures est disponible en DDAF, auprès des organisations de production, des Chambres d’agriculture et des comptables.