
Vos vaches sont immunisées, inutile de les vermifuger ». Le message a été tellement répété dans les campagnes que de nombreux éleveurs ne se posent plus la question de l’intérêt de déparasiter les laitières (le constat est le même en allaitantes).
20 % des vaches fortement infestées
Pour Cédric Dézier, vétérinaire chez Merial, l’approche du parasitisme chez les bovins adultes n’est pas aussi simple. « Des examens à l’abattoir révèlent que 90 % des tubes digestifs de bovins sont infestés de larves d’Oestertagia (strongles digestifs). Dans 20 % des cas, vous avez un très grand nombre de larves dans la caillette ».
Ces observations sont cependant très éloignées des examens coproscopiques réalisés sur ces mêmes vaches avant abattage. « Seulement 30 % des analyses étaient positives. Ce qui signifie que la coproscopie sur adulte n’est pas une méthode super-fiable ». Et C. Dézier d’expliquer que « sur les vaches adultes, les strongles digestifs se trouvent principalement sous la forme enkystée (physiquement, ce sont des petits grains blancs dans la muqueuse de la caillette). Ils ne pondent pas d’œufs ; donc dans les bouses, on ne va rien trouver ».
Si l’on veut retrouver des larves, les analyses doivent être effectuées sur les mois de juin, juillet, août, période de la ponte. « Ce qui signifie aussi que des coproscopies réalisées en septembre octobre ou février mars ne seront pas positives même si la vache est farcie de strongles ».
Écart de production significatif
Pour autant est-ce grave docteur ? Pour C. Dézier, « une vache parasitée produit inévitablement moins de lait ». Et de s’appuyer sur une étude effectuée, en partenariat avec l’école vétérinaire de Liège, sur 2 700 élevages français et belges tout venant : « Si on ne retient que les 50 % élevages moyennement infestés, il apparaît que la production moyenne des vaches faiblement infestées est supérieure de 1 à 1,2 kg/VL/jour par rapport aux vaches les plus infestées ». Reste que les effets du parasitisme ne sont pas franchement visibles au quotidien. « Cette pathologie qui ne se voit pas, un peu comme une acétonémie subclinique, peut finalement coûter cher du fait d’un manque à gagner », poursuit le vétérinaire reconnaissant que l’animal parasité n’exprime bien souvent aucun symptôme.
Au-delà de la baisse de production laitière, de la baisse des performances de reproduction, le parasitisme altère également les défenses naturelles de l’animal. « Une vache qui contracte un virus ou une bactérie sera plus sensible si elle est parasitée. De même, sa réponse vaccinale sera pénalisée (Ex. : FCO). En effet, si une vache a des vers, elle va fabriquer moins d’anticorps pour se protéger ».
D’où l’utilité de se poser régulièrement la question de l’intérêt de vermifuger les vaches en lait (sans pour autant que cela ne devienne systématique). « Le vétérinaire doit vous aider à faire le diagnostic », poursuit Cédric Dézier en insistant sur le fait que « la vermifugation peut être un bon outil pour valoriser le potentiel génétique des animaux quand les autres facteurs sont bien maîtrisés ». Mais la maîtrise du parasitisme reste un facteur de production parmi d’autres. « Rien ne sert de traiter si les animaux sont mal nourris, mal logés, etc. Ça fait partie d’un raisonnement global ».
Didier Le Du
Photo : Dans certaines conditions, les vaches laitières méritent d'être déparasitées. Le retour sur investissement peut être rapide.
Un traitement vite rentabilisé
Des contrôles de production, effectués pendant 120 jours après vermifugation, ont montré que la réponse à un traitement est de 1 kg de lait par vache et par jour sur des troupeaux moyennement infestés ; dans le cas de troupeaux très réactifs, l'augmentation de production pouvait aller jusqu'à 4 kg de lait par jour. Si l'on considère un coût de traitement de 7 à 10 euros par vache, le retour sur investissement est obtenu en 2 à 4 semaines.