
Le foncier, thème central de la dernière session de la Chambre d’agriculture à Plérin. C’est d’abord une source d’inquiétude pour les élus qui voient la surface agricole se réduire au profit du développement urbain ou périurbain. Conflits d’usage et spéculation sont évidents. D’où cette volonté de réagir et d’alerter les élus et les pouvoirs publics.
8 000 ha s’en vont par an
Concrètement, ce qu’il est convenu d’appeler l’artificialisation des terres en zone périurbaine et sur le littoral a concerné plus de 16 000 ha en Bretagne sur 8 ans. Et une projection estime à 3 200 ha par an la consommation annuelle pour les années à venir si la tendance actuelle se maintient. A cela s’ajoute la consommation pour les espaces de loisirs et l’habitat individuel en campagne qui ont consommé 19 000 ha en 5 ans sur la région. 6 000 ha changent donc de destination par an. Au final avec les terres boisées ou retournant à la friche, 8 000 ha par an quittent l’agriculture, l’équivalent de deux belles communes agricoles costarmoricaine. Cette hémorragie est d’autant plus inquiétante qu’elle concerne majoritairement des terres à forte valeur agronomique.
Unanimement, les responsables estiment que la situation ne peut perdurer. Ils en appellent à la prise de conscience des élus des collectivités. « Il faut qu’ils aillent au delà des discours et définissent une politique harmonieuse de développement et d’usage des sols ». La Chambre propose la mise en place d’observatoires locaux de consommation de foncier, la généralisation des documents d’urbanisme sur l’ensemble des communes, la fixation dans chaque document d’objectifs de densification. Monique Le Clézio, vice présidente du Conseil général a annoncé la tenue d’un colloque sur le foncier pour le début 2009. Evoquant la nécessité de poursuivre la réflexion. « Peut-être demain des PLU intercommunaux » a t-elle conclu.
Pierre Dénès
Olivier Allain, président de la Chambre a accueilli le nouveau préfet, Jean-Louis Fargeas.
Session en Bref
Budget serré : Au prix d’efforts importants sur le redéploiement du personnel, le non-remplacement d’agents (-9 ETP), la mutualisation des services, l’augmentation des prestations la Chambre réduit son déficit du budget primitif 2009 de moitié
(-290 000 euros). Elle a réitéré sa demande de dérogation d’augmentation de l’impôt. La réponse faite par le préfet ne laisse guère d’illusions.
La représentativité toujours en question. Thierry Thomas (Confédération Paysanne) souhaitait que la délibération d’ordre économique intègre la notion de pluralité au sein des interprofessions. Yves Droumaguet lui a rappelé qu’il fallait respecter la règle de l’unanimité au sein de l’interprofession avec des organisations responsables. Une allusion à l’irresponsabilité d’autres syndicats qualifiée inamicale par le représentant de la Confédération. Considérant « qu’il est plus facile de partager la responsabilité à plusieurs ».
Le Revenu de solidarité active (RSA) : La Chambre souhaite que les petits revenus fonciers ne soient pas concernés par le financement du RSA, car il complète en général des petites retraites.
“Bruxelles multiplie les erreurs”
Le président Olivier Allain a profité de la présence du Préfet, représentant de l’Etat, pour faire part de son inquiétude pour l’ensemble des productions animales. Rappelant les propos du président de la République en 2007 à Rennes qui prônait « plutôt des prix que des aides ». Agacé, Olivier Allain constate qu’aujourd’hui les éleveurs n’ont pas les prix, mais on veut aussi rogner les aides.
Bruxelles multiplie selon lui les erreurs. « Dans le bilan de santé de la Pac, le 19 novembre est à marquer d’une pierre noire pour les agriculteurs bretons. On rajoute 5 % de modulation, la possibilité de ponctionner 10 % (art 68) des aides couplées et découplées… et
-20 % au titre de l’article 64 ». Pour la Bretagne, ces différentes ponctions pourraient dépasser plus de 150 millions d’euros sans qu’il soit possible d’en déterminer les retours.
De même, il ne comprend pas la position européenne sur les quotas laitiers. « Dans un contexte de crise, augmenter le droit à produire de 1 % par an est incohérent. Si la commission voulait organiser la désorganisation, elle ne s’y prendrait pas autrement ». Persuadé que la technocratie profite de la désunion pour imposer sa vision libérale.