
Tenir une semaine, jour et nuit, la pression en bloquant des accès de plateformes de distribution, essuyer quelques menaces de procédures judiciaires avec amendes, véritable épreuve pour les responsables des deux syndicats qui ont dû gérer souvent dans l’urgence l’action syndicale. Le plus difficile n’est jamais d’y rentrer mais bien d’en sortir. Et si possible pas les mains vides.
Début de dialogue
Mardi soir, à l’heure du bilan, devant près de 300 producteurs, pas d’euphorie excessive, mais tout de même une réelle satisfaction. Satisfaction d’avoir pu obtenir une table ronde régionale regroupant sous l’égide du préfet de Région, les producteurs, les organisations économiques, les consommateurs et la Grande distribution. Et soulagement sur le dossier lait, avec une approche plus mitigée sur la situation des producteurs livreurs d’Entremont Alliance.
« Certes, notait le président de la FDSEA, Jean-Jacques Poézévara, tout n’est pas réglé, mais on a au moins enclenché la discussion et des décisions ont été actées, comme celle de mettre en place des groupes de travail, la première réunion devant se tenir le 8 novembre ». L’objectif est de travailler sur la vérité des prix et des marges, l’anticipation des crises, sur la communication. « Avec une date butoir, fin juin 2009, pour une restitution du travail des différents groupes ». Notant par ailleurs quelques satisfactions, comme la reconnaissance unanime que les prix agricoles ne pèsent pas lourds sur le panier de la ménagère, ou encore que la recherche du prix bas n’est pas le seul credo des consommateurs…, et une situation de crise admise par tous.
Soutien aux éleveurs d’Entremont Alliance
Soulagement donc sur le dossier laitier, d’avoir contribué à un retour des industriels laitiers à la table des négociations de l’interprofession. Hervé Moël et Patrick Cherdel, responsables lait, rappellent qu’il s’agit de l’aboutissement de plusieurs mois de lutte syndicale. « L’accord a le mérite de donner une ligne de conduite à la filière laitière ». Jugeant le compromis comme « le plus réaliste qui puisse exister en fonction de la conjoncture ». Surtout satisfaits que des discussions puissent rapidement débuter pour élaborer de nouveaux indicateurs pour la prochaine campagne, intégrant les aspects marchés mais aussi de coûts de production.
Particulièrement remontés par rapport à « ceux qui se posent en donneurs de leçons », ils expliquent que « si effectivement la baisse pour les prochains mois est réelle, les producteurs pourront aussi comparer les prix payés : hiver 2008/2009 = 305 à 310
euros/1000 litres, hiver 2007/2008 = 360 euros/1000 litres, hiver 2006/2007 = 270 euros/1000 litres. Certes il y a une chute que nous n’ignorons pas, et nous avons dû accepter l’intégration des 27 euros du second trimestre 2008 dans cet accord global mais nous avons préservé la moitié de la hausse obtenue il y a un an ». Rappelant en outre que « les baisses annoncées avant le début des négociations par les entreprises étaient beaucoup plus conséquentes ».
Quant à la comparaison avec les autres pays, elle ne leur paraît pas très judicieuse puisque les prix étrangers seraient nettement en retrait par rapport aux prix français cet hiver : Ils citent « 250 à 300 euros en Allemagne, 210 à 300 euros en Belgique, 300 euros aux Pays-Bas, 260 à 270 euros en Espagne, 206 euros en Pologne, 200 euros en Italie ».
Reste le problème spécifique des livreurs d’Entremont Alliance dont ils reconnaissent la situation critique. « L’entreprise a accepté de se ranger à la recommandation nationale dès janvier, pas sur la fin de cette année. Nous allons accompagner les producteurs dans la négociation sur ces derniers mois ».
Pierre Dénès
Photo : Près de 300 producteurs à la réunion de restitution après la semaine d’actions.