
Le marché européen de l'œuf se caractérise par une diversification des modes d'élevage et la segmentation des marchés. Au niveau de l'Union européenne (25), nous sommes autosuffisants à 102 %", explique Pascale Magdelaine de l'Itavi. Les importations provenant de pays tiers restent modestes (44 000 t). Il s'agit surtout de poudres d'œufs venant d'Inde. Nos exportations européennes (166 000 t) sont stables ou en baisse.
Légère reprise de la production
Dans ce contexte, comment évolue la production française ? Avec 15,4 milliards d'œufs produits en 2007, la France est le premier pays de l'Union (15 % de la production communautaire), devant l'Espagne et l'Allemagne. Notre production se replie légèrement depuis 2000, avec une petite reprise en 2008. "La progression est surtout due à l'augmentation de la durée de ponte de 5 semaines, en l'espace de 4 ans. En 380 jours de ponte, les poules produisent en moyenne 320 œufs, chacune".
L'augmentation continue de la part des ovoproduits est un autre fait marquant. En incluant les formes liquides, déshydratées et cuites, 37 % des œufs sont maintenant transformés en ovoproduits. Cette part a progressé de 44 % en dix ans.
19 % en système alternatif
Dans l'Union européenne (25), 85 millions de poules pondeuses sont en système alternatif (plein air, au sol ou bio), soit une poule sur quatre. "On observe une forte disparité entre les pays du Nord, où les systèmes alternatifs sont dominants (Autriche, Suède, Pays Bas,..) et d'autres pays comme l'Espagne, la Pologne et des ex-pays de l'Est, où le système cage est largement majoritaire (parfois plus de 90 %)".
La France a une position intermédiaire avec 81 % de poules en cages et 19 % de poules en système alternatif. "Les systèmes "plein air" (3,8 millions de poules) et Label Rouge (1,7 million) sont dominants chez nous et ces dernières années, ce sont les segments Label Rouge et bio qui ont été les plus dynamiques, au détriment du plein air".
1 œuf sur 3 en ovoproduits
La consommation globale d'œufs n'évolue plus. Chaque français a consommé 245 œufs/an dont 31 % sous forme d'ovoproduits. "Cette part d'ovoproduits devrait encore progresser pour atteindre 40 % dans les dix ans qui viennent", déclare Pascale Magdelaine. Les ventes d'œufs coquille ont légèrement progressé en 2008. "Ce qui tire le marché, en GMS, ce sont les œufs Label Rouge (+14 %) et les œufs bio (+13 %)". Le marché est de plus en plus segmenté et s'adapte progressivement aux attentes qualitatives des consommateurs. Dans les années qui viennent, la filière française va devoir adapter ses structures de production, pour se mettre en conformité avec la directive européenne sur le bien-être. Sept élevages sur dix n'ont pas encore investi dans les cages aménagées, alors que l'échéance (2012) se rapproche rapidement. L'investissement (25 euros par poule) équivaut à 700 millions d'euros à réaliser en 4 ans. "Cette contrainte d'investissement ne pourra pas être supportée par une partie des producteurs", estime Françis Damay, président du CNPO.
Bien être et compétitivité
La réglementation s'arrêtera-t-elle aux cages aménagées, au-delà de 2012 ou ira-t-elle encore plus loin ? C'est la question que l'on peut se poser quand on voit la disparité entre modèles, au sein de l'Europe. D'un côté, des pays du nord qui évoluent de plus en plus, vers des systèmes alternatifs, au point d'interdire la cage aménagée (Pays-Bas à partir de 2012) ou de préconiser des mini-volières (Allemagne). De l'autre côté, des pays où les cages sont dominantes mais avec un retard important dans la mise aux normes.
"La filière française devra respecter le bien être animal et la sécurité sanitaire, tout en étant compétitive pour assurer l'approvisionnement de la RHD et de l'industrie qui, à horizon de 10 ans, représenteront 55 à 60 % du marché, dans un contexte d'ouverture de marché (OMC)", souligne le président du CNPO. "Nous n'avons pas encore assez de lisibilité sur le modèle de production qui sera en place en 2020, ce qui est un handicap pour les futurs investisseurs".
Patrick Bégos
Photo : Avec l'augmentation de la durée de ponte de 5 semaines, chaque poule, en cage standard, pond en moyenne 320 œufs sur la durée du lot.
Des coûts de production de 1 à 2
Une étude réalisée par l'ITAVI a permis de comparer les coûts de production des différents systèmes en 2007. Sur une base 100 pour le coût de production de l'oeuf standard, celui produit au sol serait à 126, l'œuf plein air à 135, le Label rouge à 151 et le bio à 225.