
La demande française en produits laitiers bio s'accélère depuis 2006. Un marché en expansion que les producteurs de l'Hexagone peinent à satisfaire : toutes utilisations confondues, 30% du lait bio est importé. La quasi totalité des 17 opérateurs de collecte et de transformation présents en Bretagne déclarent s'approvisionner majoritairement dans la région (pour en moyenne 63% des volumes). Certains rencontrent de réelles difficultés depuis 2007 pour trouver du lait, et tous s'attendent à une stabilisation, voire une augmentation de leurs ventes dans les mois qui viennent. Pour accélérer les conversions, des transformateurs attribuent des aides aux producteurs.
A la demande du marché, s'ajoutent les objectifs du Grenelle de l'environnement : 6% de la SAU en bio en 2013 et 20% en 2020. Pour répondre à l'enjeu du bio, les Chambres d'agriculture de Bretagne se mobilisent avec l'appui de partenaires, et ont organisé un colloque le 5 décembre à Loudéac, où de nombreux intervenants de la filière étaient présents (production, industrie…). Certaines organisations fortement impliquées dans la bio (Gab, Confédération Paysanne) auraient souhaité prendre part à l'organisation du colloque. Face à leur mécontentement, Jacques Jaouen, président de la Chambre régionale d'agriculture, s'est montré fédérateur. "Nous devons arrêter de nous opposer et construire ensemble".
Les actions engagées par les Chambres sont rassemblées dans un plan d'action : information sur le cahier des charges, accompagnement des entreprises dans la recherche de producteurs, références techniques et économiques, réunions, démonstrations, repérage d'exploitations proches de la bio (environ 350 à 400 en Bretagne)… "Notre objectif est aussi de promouvoir largement la bio et de lever les freins à son développement : sociologiques, techniques, économiques, réglementaires…", précise Jo Pennors, président de la Commission régionale Démarches Qualité.
Coller au marché
Côté débouchés, les entreprises souhaitent tendre vers davantage de contractualisation, pour éviter de reproduire les difficultés rencontrées en 2002 et après. "La faible taille du marché le rend très sensible à une augmentation forte de la collecte. Les volumes produits doivent être en relation avec les débouchés. Par ailleurs, la contractualisation garantit une valorisation durable au producteur", ont argumenté des représentants de laiteries.
Sur le plan technique, les producteurs craignent la période de conversion, le niveau de production plus faible, le temps de travail plus important, la technicité nécessaire. "Pourtant, il existe aujourd'hui une stratégie bien balisée pour passer en production laitière bio", explique Bernard Le Lan, de la Chambre d'agriculture.
Les systèmes d'élevage en lait bio sont globalement modernes et de grande dimension, avec moins de lait par hectare et par UTH. "La meilleure valorisation du lait et de la viande permet de compenser le produit culture plus faible". En 2008, le prix payé producteur en bio se situe à 430 euros/1000 L. "Du fait des achats coûteux de fourrages et de concentrés, il est essentiel de viser l'autonomie alimentaire", ajoute B. Le Lan. Différentes études montrent un revenu disponible comparable entre bio et conventionnel.
“Une nouvelle motivation”
Pour Jean-Hervé Caugant, installé avec sa sœur Marie-Pascale à Dinéault (29), le passage au bio à partir de 1998 a été "un challenge formidable, un défi technique". Assistés par deux salariés à temps partiel, les exploitants gèrent un troupeau de 91 vaches laitières sur 188 ha de SAU (dont 159 ha de SFP). "Mais avant d'être éleveurs, nous sommes agronomes", précise J.-H. Caugant qui a travaillé sur les rotations pour mettre en place un système basé sur l'herbe (prairies multi espèces, conduite du pâturage, balles, ensilage). "Notre système est plus contraignant au niveau travail et demande beaucoup de réactivité (fenaison, binage…), reconnaît l'éleveur. Mais il est durable, avec de réels bénéfices (sols…) observés après 5 à 6 ans de bio".
Agnès Cussonneau
Photo : De nombreuses personnes, acteurs de la filière ou simplement intéressés, ont participé au colloque.
Chiffres clés
•Production européenne : 2,5 millions de tonnes (1,7% des livraisons). 1/6 de cette production est réalisé par l'Allemagne, le Danemark et l'Autriche.
•En France : plus de 2 000 producteurs (dont 1 490 en vaches, 390 en brebis et 370 en chèvres) qui occupent 3% de la SFP. 235 millions de L de lait de vache bio (1% de la collecte nationale hors vente directe). 166 entreprises de préparation de produits bio (+7% par rapport à 2006).
•En Bretagne : 338 producteurs (251 en vaches, 58 en brebis
et 29 en chèvres). La production de lait de vache atteint
60 millions de L.