
L'augmentation des quotas est une hérésie. La gestion des volumes par les producteurs est fondamentale pour reprendre du poids dans la filière", explique Frank Guehennec, président de la section laitière de la FDSEA. Le syndicat propose un plan ambitieux aux producteurs de la région. "Notre proposition est de créer une association d'organisations de producteurs du Grand Ouest. Cette structure permettrait de regrouper l'offre du bassin laitier et de gérer la mise en marché". Interface entre les producteurs et les industriels, la structure négocierait les prix avec les transformateurs. Un prix unique sur la région serait payé à tous les producteurs. La gestion des volumes serait également à la charge de ce nouvel organisme. "70% des volumes de lait collectés sont destinés à confectionner des produits de grande consommation (yaourts, fromages…), commercialisés sur le marché intérieur. La visibilité sur ce marché est bonne. 30% du volume est destiné à fabriquer du beurre et de la poudre (produits industriels exportés en grande partie). L'ajustement des prix et des volumes se ferait donc sur ces produits industriels en fonction des besoins du marché". Le système proposé éviterait la concurrence entre producteurs voisins, dont le lait pourrait être payé différemment selon l'entreprise collectrice. Le quota de production resterait la possession des producteurs et non des laiteries. L'adaptation des volumes se ferait en fonction des besoins du marché grâce à une gestion prospective et réactive.
Solidarité intéressée
L'idée doit faire son chemin. Pour Henri Brichart, président de la FNPL, il ne faudra pas compter sur l'aide des transformateurs pour monter ce dossier. "Certaines entreprises ont investi pour confectionner des produits de haute valeur ajoutée. Elles ne voudront pas payer pour les autres en entrant dans un système mutualisé". Il faudra également convaincre les producteurs du bien fondé de l'initiative. "Certains producteurs, les mieux payés, y perdront à court terme. Il faudra les convaincre qu'un système où tous les producteurs ne sont pas payés au même prix est condamné à dériver, pour le malheur de tous". Ce qu'il appelle une solidarité intéressée. Le dossier devra être porté par toutes les instances, locales, régionales et nationales. Henri Brichart pense néanmoins que l'aspect juridique pourrait poser problème vis à vis du droit à la concurrence.
Les JA se sont manifestés en faveur d'un tel système. "Nous sommes moins attachés que ne l'étaient les anciens à nos coopératives. Elles ne se battaient pas pour venir chercher notre lait quand nous nous sommes installés", déclare Pierre-Yves Le Bozec. Ils sont attachés aux outils de transformation et se disent prêts à expliquer les enjeux sur le terrain pour convaincre les producteurs avant de lancer le débat au niveau national.
Bernard Laurent
Photo : Les débats, à la journée organisée par la FDSEA, ont été passionnés compte tenu de la conjoncture laitière mercredi dernier à Vannes
Entremont : des stocks trop importants
Aux inquiétudes exprimées par certains producteurs concernant l'avenir de l'entreprise Entremont Alliance, Jo Lancien, responsable de production, a précisé que l'audit réalisé confirme les problèmes de trésorerie de l'entreprise. Les résultats de l'année 2008 ont été très mauvais (après une bonne année 2007). Les problèmes de trésorerie sont liés à l'importance des stocks de fromage et de poudre de lait du début d'année. L'augmentation des quotas a entraîné une collecte de 100 millions de litres supplémentaires. Ce volume a été transformé et stocké en espérant une augmentation des prix des produits transformés en juin-juillet. La demande s'est écroulée à cette période. Aujourd'hui les stocks de fromage sont revenus à un niveau normal. Les stocks de poudre sont toujours importants en raison de la faiblesse de la demande sur le marché international. La position d'Entremont Alliance est de rentrer dans l'accord sur le prix payé aux producteurs, conclu cette semaine, au premier janvier 2009. Pour les mois de novembre et décembre, une renégociation aura lieu au niveau régional.