
La fin des quotas a été actée en 2003 par la Commission européenne (CE) et les ministres. Il sera impossible de changer cette décision. Nous devons maintenant commencer à réfléchir dans ce sens pour éviter le pire", a déclaré Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA, lors de la session de la Chambre d'agriculture d'Ille-et-Vilaine, le 28 novembre à Rennes. "Certains Etats membres souhaitent même la fin de la Pac. Mais, nous pensons que la majorité vont vouloir la défendre", a-t-il ajouté. "Avant de réformer la Pac, attendons le débat sur son budget qui devrait se conclure en 2011".
"Pour sortir des quotas en 2015, la CE n'a pas d'autre choix qu'augmenter chaque année la production, pour commencer à entrer dans le marché mondial. Les pays du Nord y sont favorables, espérant augmenter ainsi leur productivité. En France, nous ne ferons pas du beurre et de la poudre aux prix néo-zélandais". Jean-Michel Lemétayer rappelle que tous les syndicats français sont d'accord sur "la bêtise d'augmenter les quotas, alors que le marché n'est pas là". Et d'ajouter : "La consommation des produits frais laitiers baisse pour la première fois".
Nouveaux articles
Faisant référence aux premiers éléments connus sur l'évolution de la Pac, Joseph Ménard, président de la Chambre d'agriculture 35, appelle à la vigilance sur les choix définitifs qui vont être faits. Deux nouveaux articles sont dans la boîte à outils du ministre français de l'Agriculture. L'article 68 permet aux états membres d'utiliser jusqu'à 10% du premier pilier (aides directes) pour soutenir notamment l'agriculture biologique, le bien-être, les zones vulnérables, pour financer l'assurance récolte ou un fonds de mutualisation (en cas de maladies animales ou végétales). L'article 64 permet de réorienter les aides découplées.
En ajoutant les 5% de modulation supplémentaire, la Bretagne pourrait en cas extrême perdre 159 millions d'euros sur les 572 millions actuels du premier pilier. En Ille-et-Vilaine, la perte dépasserait 45 millions. "Nous ne devons pas renoncer à ce que l'ensemble des moyens financiers déployés par l'actuelle Pac soit demain réuni au sein d'une même corbeille, avant que ne soient arrêtés les nouveaux objectifs et les nouvelles règles", a souligné Joseph Ménard.
Aides à l'actif faibles en Bretagne
Les élus souhaitent que, dans les négociations, l'importance des actifs soit prise en considération. "Le revenu par actif breton fait partie des plus faibles en France. Idem pour le niveau d'aides par actif. Dans les zones de montagne, les producteurs touchent le double d'aide par personne", font
remarquer plusieurs élus. Concernant l'article 64, Jean-Michel Lemétayer encourage les producteurs laitiers à défendre leur part de soutien. "Rappelons que l'ADL (Aide Directe Laitière) avait été instaurée pour compenser la baisse de prix du lait. Pourquoi les éleveurs perdraient une part de cette compensation avec les cours actuels ?"
Agnès Cussonneau
Photo : De gauche à droite : Jean-Michel Lemétayer (président de la FNSEA), Jean Daubigny (préfet de Bretagne), Joseph Ménard (président de la Chambre d'agriculture 35).