
Fragmentation de l'offre, volatilité des comportements, rapidité des changements… Nous sommes dans une économie d'environnements qui nécessite davantage de mobilité stratégique. Il va falloir s'habituer au manque de visibilité qui est durable", a déclaré Joseph Lusteau, expert en stratégie d'entreprise, devant les légumiers venus nombreux participer à un débat sur l'adaptation des exploitations, le 2 décembre à Plouescat. Ce thème avait été sélectionné par le Comité de développement de la zone légumière nord finistérienne dans un contexte économique très difficile.
"Les analyses et expertises techniques, de marché… sont intéressantes, mais ne lèvent pas complètement les incertitudes. Pour décider demain, il faudra s'appuyer surtout sur sa propre vision de son entreprise, car les choix seront beaucoup trop importants. La question de sens va devenir fondamentale", précise Joseph Lusteau. En agriculture, comme dans d'autres secteurs, les acteurs ont pris l'habitude d'une situation normée, stable, et de réussir dans ce contexte. Mais que faire quand la situation se trouble ?
Alliances, innovation, anticipation
L'expert fait ressortir plusieurs priorités : les alliances, l'innovation et l'anticipation. "Réfléchir à plusieurs, mettre en commun les idées permet de détecter plus facilement les changements et de mettre en place un réservoir avec plusieurs solutions de remplacement. Au final, la capacité à prendre des décisions adaptées à sa propre entreprise, à sa vision sera fondamentale. Une partie des gains pourront être dirigés vers l'innovation".
La bonne stratégie se situe sans doute entre deux excès : l'attente de sortie de crise (la crise peut cacher une mutation durable) et l'adaptation permanente qui va affaiblir l'entreprise. "Toutes les options ne sont pas bonnes pour toutes les entreprises". D'où l'intérêt d'avoir une vision claire de ce qu'on veut, pour mieux tirer parti de l'incertitude. Dans un monde perturbé, certains professionnels, et c'est sans doute particulièrement vrai en agriculture, auront tendance à se focaliser sur l'action, à travailler encore plus dur. Or, c'est justement le moment de prendre du recul.
Revenant sur la nécessité d'alliance, pour le coup très développée dans la production légumière, le consultant précise qu'elle est indispensable pour limiter les risques, par exemple pour des investissements. Et quand les visions de chacun sont différentes ? Pas de problème, à condition que chacun connaisse celle de l'autre, ses motivations… Et que cela permette d'engager l'action. Chacun aura une valeur ajoutée différente dans l'alliance (pour un producteur ça peut être de bénéficier d'un matériel performant, pour l'autre de limiter ses coûts).
Autre conseil : les chefs d'entreprise doivent se détacher de trop d'affectif, qui peut parfois empêcher l'évolution. "Les alliances sont essentielles, mais il ne faut pas confondre affectif et stratégie". Pour établir sa propre vision, il peut être opportun de se faire accompagner. De même, la technique ne sera désormais plus le seul appui aux chefs d'exploitations, sans doute devront-ils demain être entourés et conseillés dans l'innovation et l'anticipation.
Agnès Cussonneau
Photo : Joseph Lusteau, expert en stratégie d'entreprise.