
Les déjections animales valorisées en biogaz, nouvel eldorado du monde agricole ? Pas tout à fait, répondent les spécialistes de la filière "déchets", réunis à l'initiative du Cemagref (Institut de recherche pour l'ingénierie de l'agriculture et de l'environnement), vendredi 21 à Rennes. Si les projets d'installation sont aujourd'hui plus nombreux en France (200 projets et constructions recensés en 2008, devant aboutir 50 nouvelles unités en 2009, pour un nombre d'installations actuellement en activité de seulement onze), des difficultés continuent de freiner le développement de la filière.
Délais très longs
Parmi elles, la complexité administrative des dossiers à monter, compte tenu du manque de références, fait office de barrage important. Il faut en effet s'armer de courage pour se lancer dans la procédure, cette dernière pouvant aller jusqu'à s'étaler sur… 8 ans ! "En moyenne, 18 mois sont nécessaires pour la démarche ICPE (Installation Classée pour la Protection de l'Environnement), chiffre Guillaume Bastide, de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe). En Allemagne, cette étape ne dure que 6 mois." Actuellement, une rubrique ICPE spécifique à la méthanisation est néanmoins en projet. "Par ailleurs, il reste difficile d'obtenir des devis de raccordement lors de l'étude de faisabilité."
Le coût, interrogation majeure
Or, la question du coût constitue bien l'interrogation majeure qui déterminera l'avenir de la filière. En France, le montant moyen d'une unité s'élève à 6000 euros du kWe (5700 euros en installation individuelle, 8000 en installation collective), sachant que la puissance moyenne actuellement installée est de 100 kWe. Le choix de la taille de l'unité est délicat : plus elle est grande, plus il faut aller chercher de matière énergétique à l'extérieur de l'exploitation (déchets des industries agroalimentaires, etc.), ce qui implique de nouveaux coûts et une baisse de l'efficacité énergétique. Sans compter qu'une concurrence risque de se créer sur le marché des déchets, faisant croître leur valeur.
Côté rentrée financière, le tarif de rachat de l'électricité produite par ces unités varie de 9,5 à 14 centimes d'euros/kWh en fonction de la puissance et du taux de valorisation de l'énergie (le tarif est d'autant plus important que la chaleur produite est bien valorisée), avec une moyenne de 12 à 13 centimes en milieu agricole. Au final, le temps de retour sur investissement moyen, par unité, atteint onze ans, une durée encore accrue s'il s'agit d'une installation collective. Conclusion : "les aides (actuellement 30 à 40 % en moyenne) sont absolument essentielles pour garantir la rentabilité des projets, indique Guillaume Bastide. La filière n'est pas encore mature." Si la France souhaite atteindre le chiffre ambitieux qu'elle s'est fixé lors du Grenelle (1000 installations en 2013, d'une moyenne de 200 kWe), elle devra donc impérativement ajuster les moyens aux objectifs.
Anne-Laure Lussou
Photo : Guillaume Bastide, de l'Ademe, Michael Köttner, d'un centre de compétence allemand sur le biogaz et la bioénergie, et Xavier Flotats, du centre technologique Giro en Espagne.